| Chronique d’itinérances et d’ambiguïté |
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| Arts et spectacle | |||
| Jeudi le 11 Octobre 2007 | |||
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« La pratique du vernissage est en elle-même un chef d’oeuvre d’ambiguïté où les oeuvres ont généralement tendance à se départir d’une bonne partie de leur force, à tout le moins de leur partition subversive, au profit de la mondanité et des travaux de relations publiques. » Gilles Matte Gilles Matte, poète Il est intéressant et réconfortant que l’installation Histoires soit présentée dans une salle subventionnée par les Amis du Centre National d’Exposition. Stéphanie Morissette est une artiste et elle connaît bien le langage de l’ambiguïté. L’imagerie de Histoires est enfantine : cubes et tout petits dessins sommaires; mine de plomb et prismacolor. La description et la datation des événements sordides est à la fois visuellement enfantine et désespérément encyclopédique. Pour peu qu’on y entre on n’en sort plus. L’accumulation anodine suscite un douteux réflexe de fascination qui se justifie dans l’instruction de la bonne conscience. Si le visiteur n’a pas envie de se soumettre à cette exhaustive exploration historique de la bêtise humaine, la planche bédéiste en fond de salle et sa bande vidéo jumelle, le rattrapent immanquablement et lui rappellent que dans le domaine de l’art comme dans celui de l’information plus que jamais ambigüe, le médium est son propre message. La pratique du vernissage est en elle-même un chef d’oeuvre d’ambiguïté où les oeuvres ont généralement tendance à se départir d’une bonne partie de leur force, à tout le moins de leur partition subversive, au profit de la mondanité et des travaux de relations publiques. Avec Histoires, Stéphanie Morissette1 retourne sur lui-même ce gant de l’ambiguïté et en expose la trame. Histoires est aussi l’histoire d’un vernissage auquel on assiste une coupe de vin dilettante à la main, tandis que silencieusement la toile d’humanité hurlante reprise sur la bande vidéo que regarde le visiteur, le regarde elle aussi. Lui renvoie son image. Et s’offre à lui comme un banal objet de consommation. Un verre de vin est parfois bien encombrant. La ville est une rumeur. Une librairie est un magasin. Les magasins ne m’offrent que des blancs de mémoire… Si j’entre dans un café et qu’il y a deux ou trois poèmes au mur, je les lirai; s’il y en a vingt-cinq, je passerai sans les voir. Mon instinct de consommateur est déficitaire. Alors, Trois- Rivières… ville de l’ambiguïté s’il en est. Festival international de l’ambiguïté et de la poésie en quartiers parcométrés. J’aime bien, malgré tout, l’ambiguïté qui construit nos mémoires sur pilotis. Ici la quantité installe le tempo où surgira, surgira pas, la beauté toujours fébrile et à contre- temps. Entre les poèmes écrits comme réflexions de bonne conscience sur l’actualité télévisée en ondes alpha; entre les théories universitaires et philosophiques sur la consistance et les circonstances du réel; entre le besoin d’être reconnu et le masque qu’on n’enlève pas… il y a l’harmonica sauvage et nocturne des voix off… et il y a les poètes qui renoncent en plein jour à porter leur médaille d’invitation et s’assoient sur de vraies chaises à de vraies tables. Comme Sylvie Maria Filion. Qui vous dit entre deux bouchées et un sourire, en plein milieu d’une réquisition sans compromis avec la douleur et l’univers, cette vérité pratique et increvable que nous connaissions tous bien sûr : Mes fantasmes corrigent les hommes. (Sylvie Maria Filion : Mon temps d’éternité)
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