| Paysages, mangeoires d’oiseaux et générosité. |
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| Arts et spectacle | |||
| Dimanche le 10 Août 2008 | |||
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Gilles Matte, poète Le paysage. Le territoire du questionnement en est vaste et le thème se recoupe inlassablement dans toutes les trames et chaînes d’une préoccupation qui semble inéluctable. L’art est le reflet du monde où il vit. Un encombrant miroir parfois. Dont on glorifie le tain de l’histoire pour en occulter l’essence. Une manière parmi d’autres de carriériser l’artiste. Heureusement il y a quelque chose qui échappera toujours aux spin-doctors de l’art : l’artiste naturel. Entre Prévert et Valéry, disait un de mes profs de CEGEP citant je ne sais plus qui, il y a les poètes qui le sont devenus par érudition et ceux qui l’ont toujours été par essence ; nous respectons les premiers mais nous aimons les derniers. J’aurais l’air de me perdre dans cette chronique que je rédige en errances intuitives, à l’image d’une journée où les choses bougent, l’une instruisant l’autre, construisant une œuvre éphémère comme ce tableau que m’offre en ce moment une femelle gros-bec visitant la mangeoire au mât oblique traversant asiatiquement ma fenêtre, et qui me questionne sur la vérité de ma présente date limite… qui me dit aussi de commencer par les Traces éphémères de Jean-Yves Piffard. Bien que la question de la pérennitéde l’œuvre d’art soit implicite à l’exposition présentée au Centre d’exposition de Mont-Laurier, tout comme celle de savoir à qui s’adresse l’artiste et, qu’on puisse en discourir allègrement ; c’est la beauté qui nous estomaque, la beauté et son miroir de glace fine : la simplicité. Quand il leste de pensées les parachutes d’un pissenlit ou d’un salsifis, comme pour les amarrer le temps de respirer dans l’œil étonné ; quand il rappelle de quelques petits bouts de bois l’empire déchu de la quenouille à même le champ des phragmites envahisseurs ; quand il marie le feu et le froid dans une boule de neige et les laisse consumer leur union ; quand il suspend des feuilles aux branches nues d’un arbre ou les y surprend par des attaches de neige, non pas par défi mais par pur esthétisme ; l’artiste travaille en toute abolition de propos sinon l’ouverture au sens. J’aime que le propos émerge ainsi de l’œuvre sans autre intervention de l’artiste que de penser avec le paysage. On peut vagabonder dans ces images. En quête de sens ou d’émerveillement. Tôt ou tard, on s’aperçoit –avec émerveillement- que les deux sont indissociables. Ailleurs, à La Maison du Village de Val-David, en même temps, on nous propose : Pensez le paysage. À part Daniel Hogue qui, à la fois en écart et en accord avec son propos, fait descendre le ciel sur la terre, les artistes questionnent le drame du paysage suburbain : la défiguration et l’autoexpropriation. On peut y suivre un fil d’Arianne qui va des granges abandonnées, imbues de lumière, de Marie-Ève Martel, en passant par les ciels poétiques de Daniel Hogue, pour traverser l’autoexpropriation du refus banlieusard du paysage, illustré par Isabelle Hayeur, et revenir par d’autres tableaux de Marie-Ève Martel sur la défiguration industrielle et spéculative d’un patrimoine qui ne subissait dans les premières toiles que l’agression du temps. Puis le fil se divise. Pour aboutir à gauche (spatialement s’entend), avec le travail de Pierre Leblanc, sur un univers où la nature n’est plus qu’une illustration d’elle-même dans la cité Vasarelyenne. Ou à droite, dans les photographies de Mitchell Akiyama, à l’inquiétante solitude des espaces urbains déserts et ainsi privés de leur justification. Il y a un fil. Le propos est lucide, cohérent et modulé. Accessible pour peu qu’on accepte, je pense en particulier au travail de Isabelle Hayeur, d’aller au-delà d’un œil trop habitué à la rapidité. Et juste un peu plus loin, en retrait, un lent travelling vidéographique de Mitchell Akiyama nous ramène, comme un clin d’œil, à penser avec le paysage. Pensez le paysage est une exposition qui peut troubler. Questionner. Mais…
Je suis troublé et je questionne. Toutes les formes de double-bind m’irritent. La direction du Centre d’exposition la Maison du village de Val-David qui présente Pensez le paysage, avait invité la population à participer à l’exposition. Il y a dans la Maison du village, un espace didactique réservé pour cette forme d’intervention. On y a vu, il y a quelques mois, une très belle exposition d’Art Postal où les œuvres d’artistes de renom tels Paul Ballard, Marie-Andrée Côté et Jocelyne Aird-Bélangercôtoyaient en toute simplicité les œuvres créées aussi bien par des enfants que des citoyens généralement peu impliqués dans le domaine artistique. Plus récemment, cet espace avait été offert aux handicapés intellectuels de la Maison Emmanuel lors de l’exposition Graines d’artistes. Cette fois, l’espace a été utilisé par la direction afin d’y présenter l’œuvre vidéographique de Mitchell Akiyama. Les citoyens qui avaient accepté de participer à l’exposition ont, quant à eux, vu leur travail sommairement imprimé et conséquemment installé sur des cimaises mal éclairées, n’offrant pas même un recul décent pour le regard. Lorsque j’ai parcouru l’exposition lors du vernissage, j’ai été choqué par ce traitement cavalier accordé à un travail expressément demandé par la direction. Quand on demande une participation à une exposition, quelle que soit la qualité des œuvres récoltées, le plus simple respect commande de les traiter avec la même attention accordée au reste de l’exposition. Si on n’y croit pas, on s’abstient. On s’abstient aussi, par professionnalisme, quand on n’est pas techniquement en mesure d’assurer la présentation adéquate d’une œuvre. L’œuvre vidéo River like Amber de Mitchell Akiyama comporte une bande sonore, une improvisation en direct nous dit le générique, or en trois visites je n’ai jamais pu entendre cette bande partie intégrante de l’œuvre et, lors de ma deuxième visite, la vidéo était projetée en tiers de format avec une parallaxe non corrigée… J’aime beaucoup la Maison du village, son ouverture coutumière et son respect des gens. Pour moi qui y habite depuis relativement peu, la Maison du village ressemble à Val-David : ce sont des mangeoires d’oiseaux, des moments privilégiés à protéger. Mais le respect… Le respect, tout est là. J’y reviens, j’y reviendrai, je n’ai pas peur du leitmotiv. L’art, en toute noblesse, n’est autre chose qu’un miroir que sculptent les artistes pour offrir une nouvelle vision. Agréable ou pas. Comme le Wampum bouleversant de Domingo Cisneros et Sonia Robertson aux Jardins éphémères de Québec, cette œuvre totémiquequi prend paradoxalement son sens lorsque les visiteurs marchent sans s’en rendre compte, par absence de sensibilité, sur les morts allongés… À défaut de sensibilité, il nous faudrait au moins le respect. Et le respect n’est une vertu que lorsqu’il est capable d’aller vers le bas, ou ce que nous croyons plus bas. Il y a dans le travail de Jean-Yves Piffard, un réjouissant effacement de l’artiste, un renoncement à l’égo et à la possession qu’occultera, par biaisement inhérent, toute interprétation historienne. On nous incite à croire que l’artiste cherche à s’intégrer au mouvement historique en cours alors que c’est l’historien qui, définissant hier, cherche à intégrer à son propos celui en devenir de l’artiste. La plus grande subversion actuelle de l’artiste m’apparaît le Respect. Et l’implicite abolition de l’égo. Quand Michel Depatie à la maison de la Culture Frontenac, laisse la troupe de danse Cassiopée éparpiller son installation Confluences et offre à tous un espace à graffiti ; quand Nathalie Levasseur invite personnellement, au Grave à Victoriaville, lors du vernissage de Conscience et racines des gens qui n’ont jamais mis le pied dans un centre d’exposition et qu’elle y accepte sans jugement toutes les attitudes et modifications qui en résultent ; je suis ému. Malgré le lieu, l’art quitte le virtuel et le musée. On en fera un mouvement – post ou pré - plus tard. Pour l’instant l’art vit. Et se partage avec générosité. ___________________________________________________________________________
Traces éphémères, Jean-Yves Piffard, Centre d’exposition de Mont-Laurier, jusqu’au 17 août. Pensez le paysage, Martel, Hayeur, Leblanc, Akiyama, Hogue ; Centre d’exposition la Maison du village, Val-David, jusqu’au 1er septembre. Confluences, Michel Depatie, Maison de la Culture Frontenac, Montréal, jusqu’au 23 août Conscience et racines, Nathalie Levasseur, le GRAVE, Victoriaville, expo-résidence, jusqu’au 16 août. Wampum , Domingo Cisneros et Sonia Robertson, Jardins éphémères, Québec |
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