| Etat d’urgences |
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| Culture | |||
| Mercredi le 10 Septembre 2008 | |||
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Gilles Matte, poète
Mon amoureuse me dit toujours qu’il n’y a pas de hasard. J’ai pour ma part longtemps soutenu que le hasard est l’expression d’un inconscient universel. Il y a ou il n’y a pas, nous disons en bout de ligne la même chose. Je suis toujours émerveillé lorsque mes lectures affichent une telle concordance avec les autres lieux que courtise ma vie. « Il y a une constante poétique. » écrit Robert Desnos. Élargissons le mot poétique et nous pourrons dire avec lui : « Il y a une constante en art. Il y a des changements de mode. Il y a des changements de manies. Il y a aussi des motifs d’inspiration si impérieux que, à tout prix, il faut qu’ils soient exprimés. Ces motifs d’inspiration existent en ce moment et ils doivent s’exprimer en ce moment. » Parfois certains artistes sont des portes ouvertes. Parfois l’art est dans la rencontre et s’inscrit dans un mouvement physique qui n’est autre que l’expression d’une urgence. Il n’est pas anodin que Courville marche à pieds les Laurentides au même moment où Nathalie Levasseur invite, au gré de ses pérégrinations, les gens à tisser avec elle des liens durables. L’une comme l’autre questionnent. Recueillent des propos. Courville pour une mise en parole, Levasseur pour une tautologie totémique et vidéographique. Au moment que choisit M. Harper pour afficher son mépris de la marginalité, on baigne dans quelque chose qui ressemble à des Etats Généraux tenus par des artistes. « Faire prendre conscience aux gens de leur pouvoir d’action » dit Levasseur à propos de son projet Tresser des liens durables.Donner aux gens une identité autre que celle diffusée par les mégapoles, dirais-je du projet Courville. Avec comme constante le déplacement des artistes eux-mêmes, interpellant les gens dans leur quotidien, au delà de leur quotidien.
Si l’actuel projet Courville s’est inscrit sur le territoire Laurentien, celui de Nathalie Levasseur le déborde. Les réflexions recueillies en caractères japonais sur des banderoles à Kashimogawa et qu’elle a installées aux Iles de la Madeleine en marge de la résidence Rites Transitoires, préfiguraient déjà les Liens Durables. Après Val-David, Jonquière, Victoriaville, et Montréal, c’est dans une suite logique, avec le même désir de prendre conscience, qu’elle profitera du lancement du catalogue Rites Transitoires pour tresser des Liens Durables avec les madelinots sur une plage des Iles de la Madeleine, au moment où peut-être vous lirez ces lignes. Le terme « durable » s’est depuis peu découvert une vocation politique. L’artiste trouble-fête a pour mission de remettre les pendules à une heure autre que celle des économistes. Cette idée de liens durables n’est pas nouvelle pour Levasseur, elle traverse tout son travail récent. Se dénaturer / Se re-naturer, Renouée, Conscience et Racines, chacune de ces expositions, au-delà de la forme, est parcourue par un même leitmotiv : arrêtez, respirez, regardez, commencez à partir d’ici. L’expo-performance Au pied du mur qui a cours en ce moment à la maison de la culture Ahuntsic-Cartierville, en est un bel exemple. Chez Levasseur, le medium est le message et c’est dans la matière que se trouve inscrite l’instruction. La démesure de la tresse nomade qui voit le jour ne masque ainsi jamais son propos. Qu’elle voyage dans une suite de valises ombilicalisées, ou qu’elle repose au sol reliant par mille détours deux chaises qui se font face ; la rencontre est toujours le moment de l’art. En douceur et en simplicité, le plaisir aussi est le message. N’en déplaise à M Harper à qui je dédie le plaisir des femmes si évident sur la photo de Michel Depatie, l’art actuel est de plus en plus performatif et de moins en moins négociable. Et pour paraphraser une fois de plus Robert Desnos : « Les plus grands noms de notre époque (je parle des artistes) ne sont pas encore assurés d’une place supérieure au troisième rayon de la bibliothèque d’un érudit curieux de l’an 2100. Cela n’a d’ailleurs aucune importance. Le grand art peut être nécessairement actuel, de circonstances… il peut donc être fugitif. » ____________________________________________________________________________ Aux Iles de la Madeleine, la performance interactive Tresser des Liens Durables sera dédiée par l’artisteà la mémoire de Sylvianne Poirier, son amie et éditrice de Rites Transitoires. Conseillère en art contemporain et bien connue comme formatrice dans les Laurentides, Sylvianne Poirier est décédée il y a quelques jours d’un cancer fulgurant. Il s’agit d’une grande perte pour tout le milieu de l’art contemporain. Robert Desnos : Réflexions sur la poésie in Destinée arbitraire nrf Gallimard. Nathalie Levasseur Au pied du mur Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville, jusqu’au 18octobre, vernissage-performance le 11 septembre
Photos : (avec les valises): Tresser des liens durables Val-David, photo Michel Depatie (assises) Tresser des liens durables LaCentrale Montréal, photo Julie Simoneau
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