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Arts et spectacle

Nous habitons encore un pays de neige et de blanche vision.

La familiarité de l’étrange.

Gilles Matte

Chacun sa géographie, les totems de Michel Gautier résonnent en moi comme le mot Polynésie. Mais ils sont aussi bien Africains que Japonais, Péruviens, Aztèques ou Indiens de toutes les déviations du terme. Bois debout gravés de mandalas d’arbres, sculptés de tous les langages évoluant entre ornementation et alphabets, les formes blanches et cylindriques disposées sur les inconsistants miroirs de la perception nous entraînent à l’intérieur de nos propres ambigüités. Mythique Île de Pâques ou déroutante forêt recousue, notre présence en ces lieux nous étonne et nous observons du coin de l’œil ce reflet de nous-même qui semble habiter, comme un souvenir perdu, une simple persistance rétinienne, les vertigineux vestiges du monde.

 

En exposant d’un même souffle photogravures, gravures et gautier2totems tridimensionnels, Gautier, sans autre discours, trace devant nous l’itinéraire d’une vue de l’esprit. C’est important, car si l’artiste s’exprime volontiers avec verve et fougue sur son travail, en son absence le visiteur pourra saisir par lui-même une partie de cette alchimie picturale qui conduit à l’abstraction avant sa réinsertion symbolique sur le support final.  La neige et le soleil, le coton et la persistance rétinienne : les premiers à l’origine du tableau, les seconds son accomplissement. Gautier puise sur le territoire hivernal où il vit, à la limite de l’aveuglement par blancheur, des photographies qu’il pliera et dépliera en miroirs à hauts contrastes selon un origami numérique traquant sous leur forme humaine ou animale ce qu’il nomme les esprits vus. Le passage de l’image originale à son altération qui se présente, telle une encre, comme un complexe assemblage de traits et d’arabesques, nous éloigne du réel immédiat. Cependant, le traitement matériel de l’œuvre par embossage sémantique du support en coulant directement la pâte de coton sur la plaque nous transporte dans un nouvel univers tangible et malléable. Car l’aboutissement du procédé est de pouvoir courber la gravure en relief pour recoudre symboliquement les arbres de la forêt en les protégeant avec les blasons stylisés des esprits repérés qui la peuplent, avant qu’elle ne disparaisse. On baigne dans une magie totémique, une vue de l’esprit, où notre reflet surgi au centre de cette forêt surmultipliée nous prendra à témoin de notre peu de réalité.

L’exposition de Michel Gautier, à l’atelier d’Alain Piroir, doit être interprétée comme un jalon d’une œuvre pluridisciplinaire en construction, où l’artiste a commencé à s’inscrire physiquement par la performance. Chaque gravure toutefois possède son existence propre, son discours visuel particulier, tant par le choix du niveau d’abstraction et de reconstruction de l’image (pensons à Trois petits tours) que par le dialogue embossé dans le support (les grands principes).

Nous habitons encore un pays de neige et de blanche vision. Michel Gautier nous le rappelle en traquant à même cette lumière, la nôtre, la millénaire magie protectrice du masque, toujours familière à son Afrique natale.

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Michel Gautier : Vue de l’esprit & esprits vus, Atelier-Galerie Alain Piroir, 5333 rue Casgrain, suite 802, Montréal. Du mardi au vendredi 13 h. à 18 h. Jusqu’au 30 septembre. Vernissage vendredi 11 septembre à 17 h.

 
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Jean-Sébastien Lajeunesse
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