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La grande force de la performance est d’être d’abord et ultimement ce qui en reste pour chacun. Viva! l’inconfort. Gilles Matte.
L’art au-delà des Beaux-Arts. La poésie au-delà de la rime et de la beauté. La performance dans un bain public : voilà déjà une phrase poétique à souhait. Un public curieux; sinon on n’y va pas. Une prestation sans garantie. Le travail du performeur se réalise à froid, sur un carrelage sans références où chacun réécrit, dans la chair tangible du moment, sa propre histoire. Il n’y a d’attente que de l’inattendu. Ce qui me ramène à la poésie : l’image, brutale ou insidieusement douce, qui déséquilibre tout à coup le réel.
Est-ce l’étrangeté de l’endroit qui donne à ce monticule de farine des allures de cocaïne, ou la position du performeur ? Ou la lame de rasoir dans ma mémoire ? Le lieu, choisi ou non, stigmatise toujours la performance. Comme la crudité de la lumière et la promiscuité du public, serait-il une seule personne. Quand Theo Pelmus performe witnessing un chien andalou, je retrouve, toute aussi inquiétante avec quarante ans de décalage et une accumulation d’images de l’inacceptable, la violente envie d’en finir par quelque moyen que ce soit avec l’insupportable; envie qui m’a envahie, sans alibi, de pousser sur la lame de rasoir au tranchant appuyée sur l’œil ouvert qui me fixait, grandeur d’écran, dans la marge d’un temps aliéné, lors de la projection du film de Bunuel-Dali. Ceux qui se trouvaient le plus près de moi au bain Saint-Michel, samedi dernier, n’avaient jamais vu Un chien andalou, mais l’univers offert était aussi bien punk, skinhead ou Total Recall. La grande force de la performance est d’être d’abord et ultimement ce qui en reste pour chacun. René Payant l’a intelligemment exprimé en demandant « de qui parle celui qui rend compte d’une performance ? »1. Et Sylvie Tourangeau, affirmant qu’il n’y a pas de mauvaise performance, situe bien, à des années-lumière des arts de la scène, le vivant paradoxe de l’art performance. La pierre d’angle de la performance, tant pour le performeur actif que pour le performeur passif (vous ou moi) qui le justifie, est l’abolition du confort.
Certaines performances nous atteignent comme des poèmes surréalistes dont on conserve les images fortes dans des filets qui n’ont rien du fil logique d’Ariane. La performance offerte par Patrice Duchesne, lors de la dernière soirée QuéCan dans’pool, est un bel exemple d’une telle suite d’événements à recoudre d’analogies. Retenons la moitié rouge du ruban de l’omniprésente machine à écrire, la roulette de pétards, rouge, qui la remplacera et, le trait rouge du chalk line qui sera imprimé au sol en toute obéissance par deux personnes du public. Ce trait à lui seul acquiert une étonnante présence en divisant l’auditoire (préalablement réuni au fond de la piscine) en deux groupes isolés par une ligne de feu conceptuelle qui, la performance étant aussi un art de l’acceptation, ne sera jamais mis en doute. Lignes rouges, flammes, et cris; variations sur outils de construction. Outils pour niveler, isoler, enflammer, repousser; le ruban de la machine à écrire aurait-il la même fonction? J’ignore ce que les autres ont vu. Regroupés. Sous le niveau du sol. Sur les tuiles désaffectées…
Ce qui reste.
VIVA! est une manifestation d’Art Action (performances, interventions) initiée par les centres d’artistes Praxis Art Actuel, situé à Ste Thérèse; Articule, La Centrale, Clark, Dare-Dare et Skol, situés à Montréal. Inauguré en 2006, VIVA! présentait sa seconde édition du 17 au 26 septembre dernier. Les performances dont il est question dans l’article de Gilles Matte ont été offertes au Bain Saint-Michel le samedi 26 septembre. Ndlr
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