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Culture
Les vins de l’espoir

Jacques ORHON

On parle assez toute l’année des affaires autour du vin, pour ne pas dire de la « business » du vin, de rentabilité, de la compétition des marchés, d’importation et d’exportation, des coûts et des hausses de prix, de visibilité, de concurrence, de crise et tutti quanti. Aussi, alors que nombre d’entre nous restons pour ainsi dire impuissants devant la tragédie qui secoue Haïti, et que la futilité des choses prend toute sa signification quand on regarde le prix de certains flacons face à tous les démunis de la terre, je veux souligner l’impact formidable que le vin peut tout de même avoir sur la générosité des gens.

Depuis des années, de nombreux événements, caritatifs le plus souvent, ont fait appel à la participation des œnophiles d’ici. Des Laurentides à l’Abitibi, en passant par Trois-Rivières, Québec, la Beauce et, bien entendu, Montréal, j’ai pu palper encore une fois la magie du vin sur les Québécois, prêts à ouvrir leur cœur et leur portefeuille pour une bonne et noble cause.

Quand ce n’est pas pour des raisons éducatives, comme à l’Université de Val d’Or, les fonds recueillis vont à des fondations qui les gèrent pour l’amélioration des soins de santé (hôpitaux de Chicoutimi et de Saint-Eustache et de la recherche (sur la fibrose kystique avec le Mouvement Desjardins ou sur les cellules souches à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont).

Je tiens aussi à relever un détail et non le moindre : le niveau de qualité des vins qui ne cesse de monter et celui des prestations de service (accueil, animation, verrerie utilisée, service proprement dit, respect des températures, qualité de la nourriture, présentation, etc.), sans omettre d’insister sur l’extraordinaire bénévolat des gens d’ici. Si je me fie à ma propre expérience, finis les vins ordinaires servis à la va comme je te pousse avec des fromages de moindre qualité. Que l’on soit dans notre chère métropole ou en région, les amateurs de bons vins sont assez connaisseurs et sont prêts à bourse délier dans la mesure où les organisateurs ne leur proposent pas n’importe quoi. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les grands noms de champagne qui ouvrent maintenant ces événements, et tous ces crus et autres cuvées de prestige inscrits sur les menus de ces belles soirées.

Et ce qui ne gâte rien, tant pour les responsables qui mettent beaucoup d’énergie dans la réalisation de leur projet, que pour l’animateur – ou l’animatrice – qui doit faire son travail, c’est de constater, en règle générale, le respect des convives attentifs qui, même s’ils sont là aussi pour se détendre, échanger et s’amuser, écoutent nos propos quand c’est le temps d’écouter. En ce qui me concerne, j’ai à nouveau participé à l’animation de Montréal Passion Vin qui en était à sa huitième édition. Et l’on peut dire bravo à toute l’équipe présidée cette année par Pierre Beauchesne. Les responsables de la Fondation Maisonneuve-Rosemont, les membres du comité organisateur, avec la collaboration de la SAQ, et les nombreux bénévoles ont livré, comme à l’accoutumée, un événement qui trône, à n’en pas douter, parmi les plus importants sur la planète dans le monde du vin. Du Champagne Deutz à Cos d’Estournel, en passant par le Domaine de Montille, le canadien Clos Jordanne, l’Aventure (en Californie), Cheval Blanc et le Castello di Ama en Toscane, les amateurs confirmés ont assisté pendant deux jours à un feu d’artifice de saveurs et d’émotions, avec à la clef plus de 600 000 dollars de profit.

Plus simplement, le 15 janvier, trois jours après le tremblement de terre en Haïti, nous avons amassé près de 1500 dollars au cours d’une soirée antillaise, programmée depuis des mois à la Maison du Gouverneur. Le chef, Manu Louissaint et le musicien, Léopold Molière, tous les deux Haïtiens – ils ont perdu des proches dans cet événement cauchemardesque - ont insisté pour que la soirée se tienne, car ont-ils dit, il faut se tenir debout devant l’horreur, continuer d’espérer, gagner sa vie, et que la vie est plus forte que le reste. Non sans émotion, j’ai présenté la cuisine créole et les grands vins que nous avions choisis pour l’occasion. Et par solidarité avec nos amis éprouvés, nous avons trinqué à l’espoir.

 
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Jean-Sébastien Lajeunesse
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