| Éducation et enseignement |
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Dans ma grande naïveté, j’ai toujours cru que culture et école formaient un couple quasi indissociable.
La culture et l’école. Francois Jobin
Une de mes amies poète qui, pour payer son loyer, enseigne dans un CEGEP, me confiait au cours d’une discussion sur la réforme que l’école étant devenue un milieu de vie, il ne fallait désormais plus en attendre grand-chose. L’école a certes toujours été un milieu de vie pour ceux qui la fréquentent – quand on passe huit heures par jour dans un endroit, cela commence à ressembler à un habitat naturel - mais jamais autant qu’aujourd’hui, n’a-t-on accordé une si grande importance à cette caractéristique. Au point d’en oublier la véritable fonction de l’école : être un lieu d’apprentissage. Il me semble que l’école ne met pas l’accent sur ce qu’il faut apprendre, mais sur les expériences de vie, le réseautage, les exigences de l’existence communautaire. Pour le philosophe américain Michael Walzer, « la finalité de l’éducation est de former des citoyens ». Ce que nous appelions autrefois les activités parascolaires ont pris toute la place au détriment des apprentissages de base qui ont toujours été la clé de voûte de l’édifice que l’école devrait construire. Point de vue réactionnaire? Peut-être, mais je persiste à croire qu’on ne s’intéressera pas aux livres si on n’apprend pas à aimer lire, qu’on n’aura pas le goût d’écrire si on ne développe pas son vocabulaire, qu’on n’appréciera pas la peinture si on n’a jamais vu autre chose qu’un tableau acquis chez Wal-Mart et que si on s’en remet aux radios commerciales pour notre éducation musicale, on va se retrouver la tête pleine d’une quarantaine de grands succès, point barre. Pourquoi les jeunes se déplacent-ils en masse et remplissent-ils le Centre Molson lors des prestations de leurs groupes préférés ? Parce qu’ils sont branchés à longueur de journée sur leur iMachin qui leur dispense non-stop les dernières tounes à la mode. Ils veulent donc voir ces stars qui sont leurs compagnons de route quotidiens. Pourrait-on faire de l’école une sorte d’iMachin qui, au lieu de groupes pop, déverserait mine de rien dans les yeux et les oreilles avides de toute cette jeunesse spongieuse (le cerveau des jeunes est une éponge qui absorbe tout ce qui est à sa portée, sauf quelques directives des parents jugées impertinentes) des éléments leur permettant d’apprécier ou de pratiquer éventuellement certaines activités culturelles, si jamais ils en croisent en chemin. Par exemple : Au lieu d’initier les jeunes à la lecture à l’aide d’articles de journaux écrits souvent à la va-vite, pourquoi ne pas leur donner des textes plus solides d’auteurs (mé)connus. En guise de dictées quotidiennes, des poèmes contemporains choisis ou des extraits de textes un peu charnus. On pourrait aussi décorer les classes avec des reproductions d’œuvres qui ont marqué l’histoire de l’art et de temps en temps en parler. Ne pourrait-on pas aussi, quinze minutes par jour, ménager une petite plage pour initier la classe à l’histoire de la musique; de temps en temps, montrer un vidéo documentaire ou un film d’artiste (ex : Norman Mclaren, films d’animation tchèques,); faire de même avec des segments vidéo qui illustrent l’histoire des sciences. Autrement dit, que l’école retrouve son caractère de lieu d’apprentissage plutôt que d’être un passage obligé où comme en prison, on fait son temps en attendant sa libération. Le ministère de la Culture, de la Condition féminine et du Sport (pourquoi a-t-on l’impression que ce ministère est un fourre-tout de l’inclassable?) a mis sur pied il y a plusieurs années un programme qu’on a baptisé La culture à l’école. Le nom est déjà tout une promesse puisqu’il laisse entendre que la culture et l’école sont des choses différentes et que l’une peut très bien exister sans l’autre. Le but avoué de ce programme auquel participe notamment l’Union des écrivains québécois est de former des « citoyens actifs sur le plan culturel » et de « permettre aux jeunes d’entrer en contact avec la culture » On retrouve ici cette tendance nouvelle à considérer l’école comme une usine à citoyens. Notez bien que je ne suis pas contre cette initiative. Seulement, dans ma grande naïveté, j’ai toujours cru que culture et école formaient un couple quasi indissociable, que l’initiation à la culture constituait le contenu implicite de l’école, que celle-ci avait pour mission de fournir le coffre à outils qui permet de découvrir celle-là. En principe, il ne devrait pas être nécessaire de créer un programme spécial pour amener la culture dans l’école puisque qu’elle y est déjà. Mettons que notre système d’éducation n’en est pas à une incongruité près. Il prend modèle, je crois, sur d’autres ministères qui vous facturent en sus les services auxquels vos impôts vous donnent en principe droit. Idem au niveau municipal qui ne se contente pas d’utiliser vos taxes mais vous impose des tarifs supplémentaires pour l’eau, les parkings, et certaines activités de loisirs. Mais, je m’égare. Je ne crois pas que tout retour en arrière soit un recul et que toute poussée en avant constitue un progrès. Quand on s’en va droit dans le mur, on ne peut pas parler d’amélioration. Je crois, comme plusieurs, qu’en matière d’éducation, en voulant faire tabula ras des vieilles méthodes, on a jeté les poissons rouges avec l’eau de l’aquarium. Aura-t-on jamais le courage de rectifier le tir, d’admettre nos erreurs, de s’essuyer et de recommencer? Cela reste à voir car l’amour-propre des hauts-fonctionnaires les rend aveugles devant les évidences.
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Vos commentaires...
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