| Appartenance : une notion de propriété. |
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| Écrit par Gilles Matte |
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Trahissant ses visées politiques en voulant fabriquer l’histoire de l’Art à rebours, cette notion, qu’on cherche à imposer à l’artiste, reflète en effet un manque total de compréhension des mécanismes en jeu dans le processus d’identification et de reconnaissance populaire qui, par une intégration au quotidien, seule légitimera à long terme le travail de l’artiste. L’appartenance ne se fabrique pas et l’exprimer ne l’engendre pas; à preuve tout l’art nationaliste des années 60 et 70 s’inclinera devant la flanelle tricolore de Lemoyne, les surréalistes mouches à truite de Bonnie Baxter et les oies fluviales de l’Hommage à Rosa Luxembourg de Riopelle. Je ne suis pas laurentien, je suis de ville, de fleuve et de rivière à truite, plus récemment de montagnes. Je suis de terre craquelée l’été et des odeurs de la Fry Cadbury, je suis d’engelures et de torrents de dégel, plus récemment de sueurs d’Afrique. Robin Hutchison, céramiste de Val-David a suggéré « intégrité » comme terme de remplacement dans le texte de la politique culturelle et Mme Carole Maillé qui présidait l’assemblée a ouvertement manifesté son appui à l’idée d’éliminer le mot « appartenance ». Mais je veux poursuivre avec ce mot d’appartenance. Je veux le dévier de son rôle utilitaire. L’Italie appartient à ses ruines et à Michel-Ange, elle y assoit son identité, voilà le sens de l’histoire : nous appartiendrons demain à l’art qui se crée aujourd’hui et la seule appartenance de l’artiste est à son temps. Il ne s’agit pas de nier le fait territorial, mais de l’intégrer : il est moteur et non but. Le thème du symposium des jardins du précambrien est en ce sens révélateur : le Leg. L’artiste est un légataire. Même celui qui œuvre taoïstement dans l’éphémère. Si on excepte les œuvres de Jean-Jules Soucy et de Pascale Girardin, le désenchantement ludique multipliant les allusions à la déforestation, aux cultes du golf et de l’automobile, exprimé dans les œuvres d’artistes de différentes nationalités, montre bien les nouvelles balises planétaires du constat d’appartenance. Les territorialités se disséminent dans la forme, dans la mesure exacte où elles ont été intégrées par l’artiste. Les artistes d’ici et d’ailleurs réunis par Nathalie Levasseur lors de l’événement Trois Fois Passera nous amènent eux aussi à cette réflexion que les préoccupations actuelles des artistes sont tressées sur une trame qui transcende tous les régionalismes. Que ce soient les perturbantes indéfinissables photographies du Breton Cédric Wachthausen questionnant la réalité saturante de l’information ou les plantations atomiques d’Alice au pays des merveilles de Louise Bloom; qu’il s’agisse des chorégraphies découlant de l’expérience en milieu médical et psychiatrique de Nathalie Lebel ou des blasphèmes religieux et nationaux de la Colombienne Héléna Martin Franco; entre les recherches musicales pentatoniques nées de la matière et de la forme de l’artiste verrier Nicola Mainville ou et les détournements de techniques primitives jalonnant le parcours de la Vendéenne Myriam Roux, plasticienne du végétal; les recoupements sont multiples, étonnants. Les préoccupations se rejoignent sans frontière et dénotent un désir de partage et de communication pour rendre compte d’une réalité multiple, de plus en plus insaisissable malgré ou à cause de la rapidité; une réalité qui elle aussi s’ingénie à refuser toute appartenance, tout habitat, au point où l’artiste, par définition libre d’appartenances, mais pas d’influences, n’a pour bagage que son intégrité et des parcelles de territoires accumulés qui n’ont rien à voir avec le découpage administratif et économique perpendiculaire à la géographie naturelle des lieux qu’on nous impose ici, mais qui toute sa vie, en toute souveraineté, lui serviront de référence.
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
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Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
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