| Chronique CINÉMA - Janvier 2011 |
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| Arts et spectacle |
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Extrêmes limites Cynthia Cloutier Marenger
Avec 127 hours, Danny Boyle explore une fois de plus les ressources de l’âme humaine. À première vue, rien ne pourrait être plus éloigné des bidonvilles indiens de Slumdog Millionaire, surpeuplés et « pouilleux », que les magnifiques gorges de l’Utah, décor magistral de 127 hours, dernier long-métrage du réalisateur Danny Boyle. Pourtant, une réflexion commune traverse ces deux films du lauréat de l’Oscar du meilleur réalisateur de 2009 : la survie dans un environnement hostile. Parti en randonnée dans le Blue John Canyon, l’intrépide alpiniste Aron Ralston (James Franco), plus que sûr de ses capacités, n’a même pas pris la peine de laisser une note indiquant où il se rendait. Après une brève rencontre avec des randonneuses, il se retrouve seul, prêt à dominer la nature. C’est pourtant la nature qui, cette fois, a le dessus sur lui, tandis qu’après une chute dans une crevasse, il se voit immobilisé, la main droite coincée entre la paroi et une roche absolument indélogeable. Commence alors pour Aron, pratiquement sans vivres et sans eau, une course contre la montre dont l’enjeu est pour lui capital : la vie ou la mort. Adapté du récit autobiographique du « vrai » Aron Ralston, Between a Rock and a Hard Place, 127 hours parvient à dépasser la simple relation d’un fait divers certes extraordinaire, mais sans grande portée pour l’humanité, en lui ajoutant une dimension spirituelle. En effet, lors de ses cinq jours de lutte pour la vie, entre moments d’hallucination et de lucidité et à travers ses souvenirs, Aron en vient à croire que tout le menait à cette roche qui l’attendait dans le canyon. Sans appuyer outre mesure sur cet aspect, le film n’en souligne pas moins la renaissance d’un homme englouti par la terre, obligé de faire corps avec la nature, et qui puise en lui des forces quasi surhumaines − pour ne pas dire animales − afin de s’en sortir. Campant brillamment Aron Ralston, James Franco offre une performance digne d’un marathonien. Seul acteur pendant la majeure partie du film, il mène insensiblement son personnage vers la déraison tout en laissant constamment entrapercevoir son immense force de caractère. Son talent éclate particulièrement lors de la scène où Aron s’imagine invité dans un talk-show ; passant de l’animateur au ton emphatique et aux questions impertinentes à l’invité acculé devant ses propres contradictions, Franco arrache les rires malgré le pathétique de la situation et l’angoisse de l’isolement. Cette angoisse, Danny Boyle, de par sa réalisation, nous la fait par ailleurs ressentir à merveille. Passant de l’immensité du désert de l’Utah, captée par des plans larges à la photographie à couper le souffle, à l’étroitesse de la crevasse dans laquelle Aron est prisonnier, étroitesse rendue par des plans serrés sur le jeune homme, le réalisateur crée chez le spectateur une sensation d’étouffement qui provoque le désir d’en sortir au plus vite. Quant à l’état d’esprit du personnage, qui menace de perdre la raison, il est rendu par un enchaînement fluide de souvenirs, de moments présents et d’hallucinations difficiles à bien distinguer et laissant le sentiment de perdre pied. Cette immersion constante du spectateur dans 127 hours, loin de n’être que sa seule qualité, constitue sans contredit l’un de ses plus grands atouts. Nous sentons l’exiguïté de la crevasse, ressentons l’isolement d’Aron et vivons la grandeur de la nature. Nous grimaçons devant les choix qu’il s’oblige à faire, comme si c’était nous qui devions les subir. Et même lorsque nous parvenons à nous extirper momentanément du film, afin de nous extraire de cette déferlante de sensations, il nous rattrape et nous laisse soufflés par les extrêmes limites que peut atteindre l’être humain. Tags: |











Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
Toujours aussi pertinent Plus...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...