| Gilles Mathieu : La pudeur d’un homme libre |
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| Art public |
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Dans ce pays qui n’en est pas encore un, il faut, Félix l’a bien relevé, rester locataire dans son propre pays. La Butte à bâtons rompus. Gilles Matte
Je suis assis avec Gilles Mathieu devant un café, il arrive directement de Québec, hier de la Gaspésie. Entre nous, un exemplaire de presse de La butte à Mathieu qui sera en librairie le 9. Entre nous, une conversation à bâtons rompus autour d’un livre qui ne se lit pas, mais s’aborde lui aussi à bâtons rompus, avec le plaisir qu’on éprouve quand on a la chance de tomber sur un scrap-book volontairement oublié sur le coin d’une table. La Butte, c’est déjà une légende. Alors elle doit être racontée, et racontée de nouveau, avec toutes les distorsions et les réalignements qui soutiennent, comme photos tronquées, la passerelle entre mémoire et légende. Loin des rayons de ma bibliothèque, La Butte à Mathieu habitera en nomade mon bordel ambiant. Autour d’anecdotes savoureuses qui – ni lui ni moi n’avons pu parcourir en entier la version retenue par l’éditeur – se trouvent ou ne se trouvent pas dans le livre, se développent des réflexions troublantes. Les arts, dira-il, n’intéressent pas les municipalités. Mais quand un village se meurt, alors tout à coup on s’occupe des arts. À grands renforts de bénévoles d’ailleurs. Et je déteste ce mot et cet usage, à la Butte j’ai toujours payé le moindre videur de cendrier, je n’aurais même pas imaginé le contraire! Mais aujourd’hui le particulier n’a plus rien à faire dans les Arts. Depuis la venue du premier gouvernement péquiste, ajoute ce convaincu séparatiste, on a nationalisé la culture. Personne ne pourrait aujourd’hui refaire la Butte sans produire une étude de marché extrêmement dispendieuse et d’autant inutile qu’à l’époque quand j’ai créé la Butte, tout le monde me disait que je devais aller à Sainte-Agathe, qu’à Val-David ce ne serait jamais viable. Dans le petit village de Cloridorme en Gaspésie où il a acheté une maison et où il tente d’ouvrir une petite boîte à chanson, on est venu le voir, lui proposer de l’aide financière car la chose paraît-il est intéressante. Mais voilà… On ne peut rien pour lui s’il est propriétaire. Dans ce pays qui n’en est pas encore un, il faut, Félix l’a bien relevé, rester locataire dans son propre pays. Mais l’homme est serein, il n’a pas transformé en rancœur ses déceptions. Quand je lui demande si nous sommes condamnés à la nostalgie, il sourit. Il dit oui, il dit non. Les choses aujourd’hui sont différentes. On efface l’histoire, les jeunes apprennent à vivre sans. Et il insiste; j’ai fait beaucoup de choses, j’ai fait ce que j’ai aimé. On lui dit ce devait une époque magnifique mais il ont trente ans et n’ont pas connu les années cinquante. Nous ne savons jamais ce que recouvrent les légendes. Elles nous aident à vivre c’est leur rôle à long terme. Nostalgie? Il conclut en disant : D’autres choses se feront. Différentes. Et pour paver la voie de l’espoir irréductible : L’indépendance ne se fera au Québec que lorsque nous aurons la sagesse de comprendre qu’elle ne peut, ni ne doit, être le fait d’un seul parti. Il faut impliquer tous les partis politiques et leur faire comprendre que non seulement ils continueront d’exister, mais que la seule différence est que lorsqu’ils seront au pouvoir, ils ne gouverneront plus une province mais un pays. Et il ajoute : Nous ne serons pas un pays péquiste, nous serons un pays. Un pays comme tous les pays : avec nos contradictions internes, notre gauche, notre droite, nos extrêmes, nos libéraux, nos conservateurs, nos centristes… Il faut leur faire comprendre ça. À tous. C’est, il me semble, l’ABC de l’indépendance. Le café a refroidi. Nous en revenons aux anecdotes de la Butte. Aux petites saveurs, aux petits fragments de réalité qu’on partage à l’occasion mais qu’on ne publie pas… qui auraient pu être publiés quant à moi, mais qui serviront peut-être mieux ainsi, comme les ferments silencieux de la légende. Car Gilles Mathieu peut se permettre ce luxe magnifique : la pudeur d’un homme libre.
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
Toujours aussi pertinent Plus...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...