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Art public

 

Cynthia Cloutier Marenger

 

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Avec Hugo, Martin Scorsese rend hommage au cinéaste Georges Méliès

Paris, 1931. Hugo Cabret, orphelin astucieux de douze ans, vit clandestinement dans les murs de la gare Montparnasse, où il s’affaire à maintenir les multiples horloges en bon état. Solitaire, il a pour seule compagnie un automate défectueux que son père avait entrepris de réparer avant sa mort, et qu’il entend bien réussir à ramener à la vie. Pour y arriver, Hugo a cependant besoin de pièces, qu’il se procure en dérobant impunément des jouets mécaniques au marchand de la gare… Un jour, pourtant, le jeune voleur est pris la main dans le sac. Débute alors pour lui une aventure dont les effets auront pour conséquences, non seulement de faire revivre son père et son automate, mais également le grand cinéaste français Georges Méliès, considéré comme le père des effets spéciaux.

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À la fois récit de formation et hommage au cinéma, sorte de croisement entre David Copperfield et Cinéma Paradiso, Hugo amène le réalisateur américain Martin Scorsese, abonné aux films noirs empreints de violence, dans un registre qu’il n’avait jamais exploité auparavant : le film fantaisiste. Inspiré de l’album à succès pour enfants The Invention of Hugo Cabret, de Brian Selznick, il brode, autour de la vie et de l’œuvre de Georges Méliès ainsi que d’événements historiques comme l’accident ferroviaire de 1895 gare Montparnasse, une fiction destinée à un public familial, qui se veut remplie de mystère, d’aventure et de magie. Malheureusement pour le talentueux réalisateur, avec Hugo, la magie n’opère cependant qu’à moitié.

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En effet, malgré un matériau de base prometteur – une histoire ayant fait ses preuves, une distribution dominée par le toujours excellent Ben Kingsley (incarnant le marchand de jouets, alias Georges Méliès), la technologie 3D –, le film tarde à décoller et s’étire en un long prologue sinueux qui parle de mystère et d’aventure plus qu’il ne les fait sentir au spectateur. Ainsi, bien que la relation entre Hugo et le marchand de jouets soit manifestement le cœur de l’intrigue, la première partie ne l’exploite que de biais, s’attardant bien souvent à des personnages secondaires caricaturaux – comme l’inspecteur de la gare, interprété de façon figée par Sacha Baron Cohen (Borat, Brüno) –, n’ayant somme toute qu’une bien mince influence sur l’intrigue principale.

Heureusement, la deuxième partie, dans laquelle les pièces du puzzle se mettent en place, gagne en profondeur : la thématique du film – la raison pour laquelle les choses se produisent – apparaît plus clairement, les acteurs, qui jusque-là avaient tous plus ou moins joué comme s’ils étaient des automates, s’animent et transmettent leur chaleur et l’amour de Scorsese pour le cinéma. Le génie et le potentiel de cet art transparaît et se communique au spectateur, qui prend plaisir à découvrir, en même temps qu’Hugo, les prouesses cinématographiques des frères Lumière, mais surtout de Méliès, dont la créativité s’est traduite au tournant du XXe siècle en centaines de courts métrages. À ce titre, l’utilisation judicieuse des films originaux du cinéaste français rend l’hommage de Scorsese encore plus touchant.

En définitive, malgré l’écueil non négligeable que peut représenter sa première partie plus statique, Hugo reste un beau film, non seulement esthétiquement – la reconstitution d’époque est soignée et le charme de la vie parisienne du début du 20e siècle est bien rendu et par l’image et par la trame musicale –, mais aussi par les valeurs qu’il transmet, dont le respect pour l’inventivité n’est que la première. À des lieux du film familial simpliste, il prend le temps de développer un univers où tout n’est pas donné d’avance et où aucune morale grossière n’est assénée. Avis, donc, aux cinéphiles curieux… et à la patience bien aiguisée !

 

 

 

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