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…derrière l’idéalisation actuelle de l’enfance dans notre société, se cache l’envers du conte de fées. Cynthia Cloutier Marenger 10 1/2 : l’envers du conte de fées Il était une fois un jeune garçon de dix ans, Tommy, qui vivait dans un monde où les enfants avaient tout pour être heureux. Attendus avec impatience, reconnus comme des êtres d’exception, pourvus de mille et une largesses, aimés, on les avait nommés les « enfants rois ». Tommy, lui, n’avait pourtant rien d’un roi. Né de parents alcooliques et toxicomanes, maltraité par une mère atteinte de maladie mentale, abandonné par un père incapable de se prendre en mains il se retrouve incarcéré dans un centre jeunesse, sorte de prison pour enfants. Son crime : avoir forcé un petit garçon de sept ans à lui faire une fellation. C’est sur cette image pour le moins choquante que s’ouvre 10 1/2, deuxième long-métrage de Podz mettant en scène Gilles (Claude Legault), éducateur spécialisé tentant d’entrer en relation avec Tommy (Robert Naylor), dont le seul mode de communication est la crise. Avec beaucoup de retenue, le réalisateur à qui l’on doit notamment Minuit, le soir et Les sept jours du talion, dans lesquels plus d’un tabou étaient explorés, s’attarde ici à l’un des plus tenaces de notre société : la violence chez les enfants. Sans porter de jugement moral, il nous confronte à la réalité d’un garçon au comportement dérangeant − agressif, vulgaire, indiscipliné − ayant échappé au système et suscitant de nombreux questionnements : agresseur ou victime, Tommy? Psychopathe en herbe ou enfant négligé en rémission? Ce sont ces questions fondamentales, et qui dépassent le simple cas de Tommy, qu’a le mérite de poser 10 1/2, tout en laissant au spectateur la responsabilité de se forger sa propre opinion. Tout est mis en œuvre par Podz et Claude Lalonde, le scénariste, pour faire montre de neutralité. Ainsi, l’absence de musique, venant habituellement suggérer ou, du moins, souligner les émotions, et la focalisation, adoptant tantôt le point de vue de l’éducateur, tantôt celui de l’enfant et permettant de se sentir dans la peau de l’un ou l’autre, donnent beaucoup de latitude au spectateur. Bien écrit, bien réalisé, 10 1/2 est également admirablement porté par des acteurs talentueux. À ce titre, Robert Naylor est stupéfiant d’authenticité : autant ses crises, bouleversantes, nous poussent à l’ambivalence dans nos sentiments pour le garçon − sa douleur nous fait mal, mais sa façon de la manifester le rend hautement antipathique −, autant ses agissements « enfantins » nous ramènent à ce constat facile à oublier : Tommy n’a que dix ans ! En tant qu’éducateur responsable du jeune garçon, Claude Legault révèle quant à lui toute l’étendue de son talent. Dans un rôle demandant une grande impassibilité − puisque les éducateurs se doivent de rester stoïques même lorsqu’ils se font hurler des insultes à la tête −, il parvient subtilement à faire ressentir la gamme d’émotions qui traversent Gilles dans ses rapports avec Tommy : découragement, espoir, colère, affection, exaspération…
Non exempt de longueurs, 10 1/2 n’aurait néanmoins pu toucher sa cible sans ces passages. En effet, bien qu’il soit pénible de voir se répéter les scènes où Tommy explose, cette répétition montre bien la spirale dans laquelle est pris le jeune garçon, incapable de se défaire des séquelles de son enfance brisée. À mesure que nous le contemplons, son malaise devient le nôtre. Et même si nous n’obtenons pas nécessairement de réponses à nos questions, force nous est d’admettre que, derrière l’idéalisation actuelle de l’enfance dans notre société, se cache l’envers du conte de fées. En prendre conscience 1 h 48 dans notre vie aura été un moindre mal.
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
Toujours aussi pertinent Plus...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...