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Jacques Orhon - Pourvu qu’on ait l’ivresse… PDF Imprimer Envoyer
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Culture


La méthode d’élaboration restera inchangée et le vin aux jolis reflets rosés produit sur le sol européen sera toujours issu d’une brève macération de la pulpe et de la peau de raisin rouge. La pratique œnologique autorisée aux États-Unis ou en Australie, qui consiste à produire du rosé en coupant du blanc avec du rouge, reste selon les défenseurs français du rosé une hérésie, mais on est en droit de penser que cette décision ne changera pas grand chose à la concurrence, loyale ou déloyale, que se livrent tous ces pays.

Le bouchon de liège ou la capsule à vis ?
À voir toutes ces bouteilles bouchées par une capsule à vis, on pourrait croire que le bouchon de liège est en train de disparaître.

Désuet le cérémonial entourant l’ouverture d’un vénérable flacon, finie la bataille que se livre l’œnophile peu expérimenté contre un long bouchon qui n’en finit plus de sortir. À la poubelle tous les tire-bouchons de ce monde, la capsule à vis est maintenant partout! Dorénavant, on va pouvoir ouvrir à loisir son château Mouton Rothschild comme on procède avec une eau minérale. Eh bien, et fort heureusement j’ai des petites nouvelles pour vous : gardez votre précieux limonadier, il devrait encore vous servir. En fait, on assiste à mon avis, depuis plusieurs années, à un faux débat, je dirais même à un faux procès. Certains, sous prétexte de se montrer sous un jour avant-gardiste pur et dur, condamnent sans discernement et pour toujours le liège, responsable de ce goût de bouchon qui d’après eux affecterait dans le monde plus de 10% des bouteilles de vin bouchées traditionnellement. En fait, ce pourcentage oscille entre 3 et 5%. Ce qui est, convenons-en, beaucoup trop. Je me mets à la place de celui qui a attendu tant d’années un grand cru pour découvrir, en ôtant le bouchon, une infâme piquette qui a subi au fil du temps l’ignominieuse influence du liège.

C’est ainsi que la capsule à vis a gagné du terrain. Et je n’ai personnellement rien contre. De nombreux producteurs, surtout dans les pays dits du Nouveau Monde, le font intelligemment, et la Nouvelle-Zélande est le chef de file en la matière puisque 90% de ses vins sont bouchés avec une capsule métallique. Pourquoi pas ? Je ne vois là aucun problème puisque ce sont des vins qui bien souvent ne sont pas de garde, et qui sont prêts à être bus jeunes en toute convivialité.

Mais il ne faudrait tout de même pas que la présence de goûts moisis, issus de mauvais bouchons et bien souvent d’agglomérés, mette en péril les magnifiques suberaies centenaires où pousse le noble chêne-liège. Si le Portugal est le premier producteur au monde, l’Espagne se place au deuxième rang. De passage dernièrement au pays de Don Quichotte, entre Valencia et Jerez, j’ai pu discuter à nouveau de ce problème avec des professionnels espagnols et des experts venus d’ailleurs. Les entreprises portugaises et espagnoles qui fournissent les bouchons de liège se sont fort heureusement ressaisies. Aujourd’hui, la matière première est transportée dans les plus brefs délais. Après plus de  6 mois de séchage, l’écorce est mise à bouillir dans des chaudières en acier inox, puis stockée dans un endroit couvert et ventilé. Après avoir été bouilli une deuxième fois, le liège est mis au repos jusqu’à ce qu’il acquière les bonnes conditions et le degré d’humidité pour être perforé, produisant ainsi des cylindres, les futurs bouchons. On procède alors à un premier choix, puis on corrige leur dimension, sélectionnant électroniquement les têtes et le corps. Lavés et marqués à l’encre ou au feu, assouplis mécaniquement, ils sortent de l’usine une fois le certificat d’analyse délivré par le laboratoire. Des forêts bien gérées, avec un contrôle sur l’âge des écorces, jusqu’au produit final (la gamme de prix en fonction de la qualité va de 1 à 3 dollars l’unité), les maisons sérieuses offrent dès lors à leurs clients une traçabilité intégrale. Alors, pour paraphraser Alfred de Musset, qu’importe le bouchon, pourvu qu’on ait l’ivresse…

 

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