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Jardiner la magie - 1001 Pots PDF Imprimer Envoyer
Arts et spectacle

 

Gilles Matte, poète

1001 Pots c'est 951 de trop. Je l'ai déjà écrit ma tolérance à la quantité est fort limitée. Mille et une nuits pourtant…tellement envisageable avec la magie du désir. Elles s'allongent l'une après l'autre et se savourent lentement. J'ai connu quelqu'un qui m'a dit avoir fait le tour des Iles de la Madeleine en 7 heures. Après ça affirmait-il, tu as tout vu, y'a rien de plus !!

J'aurais besoin de 1 mois pour mille et un pots. D'autant que le mot pot ici est aussi changeant et adaptable que le mot dune là bas. J'aurais besoin d'un mois. Peut-être je le prendrai ce mois, en petites parts assimilables par ma mémoire. J'ai déjà commencé. Je fréquente les jardiniers.

Les 1001 Pots sont bien plus qu'un recensement de poteries haut de gamme. Comme un vrai jardin qui refuse de se laisser définir par la seule accumulation des plantes et des fleurs. Le jardin est la relation entre ce qui est offert aux sens et les gens qui le fréquentent. Le bal des lucioles qui ouvre annuellementalt l'événement est un bel exemple du lieu social où se situe le jardin des 1001 Pots. La magie des chandelles relègue le travail des potiers à une floraison d'ambiance. Le plaisir est dans la déambulation, la rencontre fortuite ou préméditée ; avec un peu de chance le reflet des lucioles est un ciel étoilé.

Un jardin est bien autre chose qu'une accumulation de plantes et de fleurs. L'essence d'un jardin est un souci. Une manière d'aborder l'éternité. Le bois moisit, le métal rouille, l'homme meurt et la céramique demeure. Entière ou en miettes, elle traverse les millénaires. La céramique est la pierre civilisée comme le jardin est la nature civilisée. La civilisation est aussi un rapport à l'éternité.

Quand la plante meurt elle nourrit celles qui lui succéderont. Quand l'urne se casse à la cuisson elle fait voler en éclats l'ego du potier. Nous avons tous appris à enterrer nos erreurs, à les abandonner derrière nous. Le jardin des 1001 Pots propose un apprentissage de l'humilité. Proposition d'accorder aux choses, fussent-elles mutilées, leur pleine espérance de vie. La Maison Emmanuelle est voisine… à contre-courant des valeurs médiatisées et publicisées, le leitmotiv est le même : il s'écrit respect et semble trop souvent imprononçable. Déjà les sculptures rouillées de Biscornet accueillaient la poterie invalide dans leurs espaces ouverts à la main caressante ou chapardeuse. Cette année, le jardin de silice, construit de la même manière et matière, mais sur le principe japonais d'espace minimal, offrant par une dénivellation des lignes dans le sens de la perspective un espace maximal au rêve, ouvrira à tous ceux qui le fréquenteront ses espaces de réinsertion philosophique de la matière dans sa propre longévité. Le jardin de silice sera en temps d'exposition l'endroit où, comme dans un jardin, la vie éclatera ses jeunes et pimpantes annuelles, fraîchement sorties de la serre du potier, à travers les vivaces aux harmoniques plus sombres, usées et abîmées. Les annuelles fanées, retirées, l'espace libre sera à l'occasion un jardin pour musiciens et peut-être pour poètes. Cette plate-bande inusitée deviendra avec le temps une 'uvre collective et anonyme en accueillant avec plaisir tout apport de céramiques. Les murs du jardin de silice ne seront pas un cimetière, non plus qu'un dépôt de recyclage, ils seront entre rouille et silice une réflexion sur le temps, sur la valeur intrinsèque du matériau, transcendant sa valeur marchande, utilitaire et même esthétique…

…les 1001 Pots sont un jardin philosophique. J'aime les jardins où traîne par ci par là un outil au repos. Ces outils sont des mots, comme travail, comme humain, remis là où ils appartiennent, au plaisir. Je regarde les tables, les présentoirs qui atteindront bientôt à la limite de l'invisible sous la floraison hétéroclite des 'uvres des potiers. Comme les roches dans un jardin de rocaille. Comme les vivaces. Adaptées. Installées. Chaque table a été dessinée selon les dénivellations de son emplacement et retrouve année après année cet habitat qui seul lui convient.

On dit que la vie est un constant apprentissage, en Amérique la vie m'apparaît de plus en plus comme une constante désintoxication. D'idées reçues. Comme celle de dominer la nature. Comme celle qui veut qu'une table ait quatre pattes égales et qu'il faille aplanir le terrain pour qu'elle marche droit !

Tout est dans l'humilité. Tout est dans le respect. Quand M. Ishikawa m'a montré les piles de foulards de lin qu'il a achetés et peints avec son équipe pour pouvoir offrir un emballage réutilisable, à l'image de tous les éléments, infrastructures comme 'uvres de céramique, qui composent le jardin des 1001 Pots ; j'ai compris pourquoi j'écris ma poésie au crayon de plomb. C'est pour la matière. Comme le céramiste ou le jardinier plongent leurs mains dans la terre. C'est parce que la matière parle et que nous écoutons. Alors nous créons, chacun à notre manière, des jardins qui sont des relations entre la matière et ceux qui les fréquentent. Et qui nous causent. D'autant de manières. Et nous les écoutons. Les jardins sont des terres d'apprentissage.

En fréquentant ce jardin au fil des événements qui, comme la soirée des tambours japonais, ponctuent la brève saison de l'archipel des 1001 Pots, j'aurai le temps de visiter à mon rythme deux où trois îlots. D'en apprécier couleurs et luminosité, formes et langages. Car je le sais mieux maintenant, j'aime les 1001 Pots. Même si je ne regarde pas beaucoup les poteries. Parce qu'il me faudrait un an.

 

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