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Culture

 

 

La culture religieuse

Se plonger dans les différences
Julie Corbeil

Des dieux avec neuf bras, d'autres avec une tête d'éléphant. Des crémations à ciel ouvert sur le bord d'un fleuve sacré. Des cérémonies mythiques sous une pleine lune surnaturelle.
De retour d'un périple de quatre mois en Inde, la documentariste Julie Corbeil raconte sa rencontre avec la religion hindoue.

À peine revenue de l'Inde, je m'installe devant un journal pour me remettre au parfum de l'actualité québécoise. Entre quelques articles sur les accommodements raisonnables, j'apprends qu'un programme d'éthique et de culture religieuse doit être implanté dans les écoles primaires et secondaires pour remplacer les cours de religion et de morale. Les élèves seront appelés à étudier six religions, tels le bouddhisme, le sikhisme et l'islam. Pour l'instant, le cours n'est qu'à l'essai dans quelques institutions de la province, mais il suscite déjà de sévères critiques de la part de l'Association des parents catholiques du Québec. «Protégeons la foi de nos enfants !» s'exclament les manifestants. La réaction était prévisible et je me réjouis même de vivre dans un pays où ce type de décision ne provoque pas de bain de sang.

Pour ma part, j'applaudis l'initiative du gouvernement. Freiner l'ignorance m'apparaît la recette gagnante pour enrayer l'exclusion et les préjugés dans une société où la croissance démographique dépend de l'émigration. Je dépose le quotidien, bois une gorgée de thé indien aux épices et laisse mon esprit s'évader. Des images du Sous-Continent se bousculent dans ma tête. Moi aussi, j'ai vécu de l'incompréhension. Moi aussi, j'ai d'abord eu des préjugés.

Si l'hindouisme est pratiqué par 85% de la population indienne, d'autres s'adonnent à l'islamisme, au bouddhisme, au sikhisme, au judaisme ou au christianisme dans une harmonie surprenante. L'Inde respire aux rythmes des religions du monde et pour une fille comme moi issue d'une société en pleine laïcisation, la confrontation est inévitable. Dès que je pose le pied en Inde, je fais le constat suivant: j'ai peur de la religion.

Je me rappelle ma première rencontre avec l'hindouisme. Je suis dans la ville de Varanasi, lieu hautement sacré. Assise au bord du Gange, le fleuve qui traverse l'Inde, je regarde des masses humaines se plonger dans une eau sale pour se purifier. Les saris colorés des femmes flottent sur une autoroute d'offrandes de fleurs orangées et de bougies à la flamme vacillante. Avec ferveur, on prie Shiva, Brahma, Vishnu ou l'une des 330 millions de divinités de la très colorée mythologie hindoue. Je frotte mes yeux agressés par la fumée qui envahit la place. À quelques mètres de moi, la crémation d'un homme est en cours. Des membres de sa famille entourent le bûcher où l'on peut facilement distinguer le défunt à travers les flammes. En Inde, on ne joue pas aux hypocrites avec la mort; l'incinération des corps se déroule à ciel ouvert sous les yeux des passants.

Le spectacle est magnifique, mais je me sens totalement étrangère à ces cérémonies. Un swami dans une soutane orangée avec le front peint en jaune semble avoir noté mon désarroi : «Tu n'y comprends rien et tu ne sais pas où te placer dans cette jungle», me lance-t-il comme un diagnostic. Il m'explique que le Gange est le nectar de la délivrance et insiste sur le fait que je suis extrêmement chanceuse d'être présente aujourd'hui, car l'alignement des astres provoque une énergie particulière sur le fameux fleuve. Il m'encourage à aller me baigner pour me laver de mes péchés, mais surtout pour me délivrer du cycle des réincarnations. Je me rappelle l'eau vaseuse et refuse poliment son invitation. Je préfère me plonger dans mes pensées. Il me lance un sourire édenté puis, s'installe dans la position du lotus, les paupières closes et l'air serein. Je l'observe, puis l'imite. Ce n'est que le début de mes découvertes et je décide de m'ouvrir aux différences. Au même instant, mon voyage commence vraiment.

Quatre mois plus tard, je mentirais si je disais tout comprendre sur cette croyance très complexe, mais au moins, je n'ai plus peur et je n'ai qu'une envie: en savoir davantage. L'Inde m'a donné un long cours sur la religion la plus pratiquée à travers le monde, mais elle n'a pas fait de moi une Hindoue. En fait, m'intéresser aux autres religions, n'a fait qu'éveiller en moi le désir de comprendre la mienne. J'ose croire que le nouveau cours d'éthique et culture religieuse aura le même effet.

 

 

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