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Le choc de l’art – ou l’art de choquer? PDF Imprimer Envoyer
Culture

Yan Barcelo

En renversant simplement tous les termes-clés qui définissaient les arts traditionnels, on obtient l’essentiel de l’esthétique de l’art contemporain. Ainsi, aux termes de beauté, d’harmonie, de joie, de courage, d’allégresse, il suffit de substituer les termes d’illusion de la beauté, de dissonance, de désespoir, de cynisme.

Le livre de Theodor Andorno, Philosophie de la nouvelle musique, paru en 1948, constitue un moment charnière de l’évolution des arts au XXè siècle, Adorno se faisant le penseur d’un phénomène culturel qui avait cours déjà depuis plus de 50 ans. Stigmatisant le stalinisme et le fascisme pour leur promotion de tout ce qui était « art des masses » ou « art populaire », il a pris parti pour les « modernes » et leurs constructions élitistes de langages atonaux. Cette dichotomie existait déjà avant Adorno et divisait les milieux artistiques. Toutefois, des compositeurs comme George Gershwin, Kurt Weill et Aaron Copland avaient tenté de la résoudre en créant des œuvres sérieuses qui auraient en même temps un attrait « populaire », renouant ainsi avec une tradition qui remontait aux troubadours médiévaux et à Bach.

Mais Adorno a scellé idéologiquement la dichotomie en dévalorisant et méprisant tout ce qui prétendait être « populaire », comme étant un syndrome de soumission à l’autorité (i.e. fascisme, capitalisme et bolchévisme et leurs manipulations des citoyens par le biais d’une culture de masse) et en valorisant les œuvres des modernes à titre de résistance à l’autorité et de quête de vérité. Selon Adorno, la musique atonale était un produit corrosif nécessaire à l’endroit des classes moyennes dont les sensibilités sont définies commercialement.

Voici un passage éloquent d’Adorno : la nouvelle musique « prend sur elle toute la noirceur et la culpabilité du monde. Son bonheur tient tout entier dans la perception de la misère, toute sa beauté tient à sa réjection des illusions de la beauté. »

On trouve là, résumé en quelques mots, l’essentiel de l’agenda de l’art contemporain et son parti pris de choquer et de brutaliser les sensibilités « petits-bourgeois ». En musique, on a privilégié uniquement le bruit, la dissonance puis, de plus en plus, le vacarme pur et simple. En littérature, tout en préservant le langage commun, on a mis à l’honneur des thèmes déliquescents de la contrefaçon, du mensonge, de l’absurde. En arts visuels, on a désarticulé de plus en plus la réalité pour en arriver aujourd’hui à des productions qui privilégient franchement la laideur, pour ne pas dire l’horreur.

En est-il ainsi de tout l’art contemporain? Certainement pas. Certains artistes ont continué d’adhérer à l’idéal classique de la beauté, valeur fondatrice des arts, mais en ayant recours aux outils atonaux ou abstraits de la contemporanéité. Le résultat est souvent contradictoire (un peu comme si quelqu’un nous témoignait de son amour en nous assénant des coups au visage), mais parfois l’appel de la beauté transpire quand même. C’est le cas, par exemple, des œuvres d’un Zao Wou-ki dont les vastes taches de couleur, qui évoquent la tradition picturale chinoise, constituent une sorte d’hyper-impressionnisme.

 

 

 

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