| Le français en question |
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| Culture |
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Parlé moé pas d’ma langue, s’tie? François Jobin MON français, je le connais bien. C’est LE français qui cause problème. Un ami La question de la langue est chez nous un psychodrame. Petite île francophone dans un océan d’anglais, le Québec se vante de résister au tsunami culturel qui déferle en permanence sur ses côtes. Nous nous dotons de lois censées protéger le français en péril, mais étonnant paradoxe, on le parle mal et son apprentissage semble en déclin. Depuis une quarantaine d’années, l’introduction de nouvelles méthodes pédagogiques pour remplacer de vieilles techniques jugées ringardes (la dictée, le par cœur, etc.) jointe à un relâchement des médias en matière de correction langagière ont eu pour conséquence de dénaturer cet outil de communication qui nous distingue de tous les autres nord-américains. Paradoxe encore plus étonnant, lorsqu’on s’émeut des erreurs commises par les animateurs de radio ou de télé, lorsqu’on signale la pauvreté consternante du vocabulaire des plus jeunes qui affectionnent les onomatopées (yo!, wow, ouache, etc) ponctuées de genre, comme ou t’sé, on s’expose à des accusations d’élitisme ou tout au moins à se faire dire : « On n’est pas en France, icitte. » Si encore ce phénomène se limitait à certains milieux, à certains quartiers voire à des régions éloignées des grands centres, on pourrait toujours invoquer la spécificité locale pour l’expliquer. Mais il se manifeste sur tout le territoire et semble envahir tous les domaines de la vie québécoise, même de discours public. J’en veux pour preuve deux communications officielles provenant d’une petite municipalité des Basses Laurentides, une région qui n’est quand même pas la brousse. La première répondait à la demande d’un groupe de citoyens désireux de participer à l’élaboration d’un plan d’aménagement des parcs. La directrice du service d’urbanisme répond : Ces améliorations de nos équipements et du mobilier urbain se feront dans un geste de planification et dans un objectif de satisfaire les clientèles respectives de ces secteurs et de pérennité. (….) Pour la consultation, ce sont les gens des secteurs de desserte qui seront consultés (leur âge, l’âge des enfants – les modules et aménagements soient retenus selon la clientèle de desserte). L’autre texte - un chef d’œuvre de sabir ampoulé et prétentieux - émanait du plus haut fonctionnaire de la municipalité, le directeur général, qui ajoute fièrement à sa signature ses titres : CA et MBA. En voici un paragraphe pris au hasard, car ils sont tous de la même eau. Donc, dans notre cas ici depuis que les municipalités constituantes suite à la fusion et depuis cet événement, les gestionnaires et employés ont fil du temps documenté plusieurs dossiers qui n’ont certainement pas tous été porté à l’attention des membres du présent conseil comme ceux antérieurs.(…) Je vous fais grâce de l’orthographe créative des deux textes tout en rappelant que ces exemples sont tirés de communications officielles sanctionnées par la plus haute autorité municipale (le maire a affirmé les avoir lus sans rien y déceler d’incongru). C’est précisément pour cela que c’est grave. Il y a un an la dite municipalité a mis la clé dans son service des relations publiques (elle a également coupé le budget d’acquisition de livres à la bibliothèque). Cette décision uniquement fondée sur des considérations économiques en dit long sur la mentalité de ceux qui l’ont prise. Elle suppose non seulement une foi aveugle dans la capacité des fonctionnaires de prendre en charge leurs communications, mais encore elle témoigne d’un mépris à l’endroit d’une population qui, apparemment, ne mérite pas qu’on dépense une centaine de dollars pour se munir d’Antidote ou d’un Correcteur 101. On raisonne comme si les choses allaient de soi : « Je sais parler, donc ce que je dis est clair ». Or rien n’est si simple. Si autrefois on pouvait raisonnablement croire qu’un diplômé universitaire possédait une connaissance assez solide de sa langue pour répondre à une demande d’information, ce n’est hélas plus le cas aujourd’hui. Au chapitre de la langue, le diplôme n’est plus garant de rien. Il atteste tout au plus que son titulaire a posé ses fesses sur les bancs d’une institution de haut savoir ; il ne prouve pas qu’il en soit sorti plus savant. Mais cela va plus loin encore : Une mauvaise communication engendre le chaos. On aurait tout intérêt à relire le mythe de Babel. J’ose à peine imaginer l’état du Québec si tout le monde s’exprimait comme mes deux fonctionnaires. Cela donne le frisson. Ils sont pourtant le produit de ce qu’ils ont appris (ou pas appris) à l’école. Sentez-vous le parfum de réforme qui se répand dans l’air? Je ne suis pas de ceux qui éprouvent un attachement sentimental à leur langue, qui en sont fiers comme d’une médaille olympique et qui la respectent au point de la vouloir mettre sous verre. La langue n’est pour moi qu’un outil comme la fourchette du peintre quand il mange son bifteck. N’importe quel ouvrier vous dira qu’il faut investir dans des outils de qualité, qu’un article bon marché ne vaut pas tripette. Pourtant, sitôt qu’il est question de langue, on dénonce la quête de qualité comme un snobisme. Foin du mot juste et de la concordance des temps. Les verbes irréguliers ? Des nèfles ! Les mots de quatre syllabes et plus deviennent une manière d’attirer l’attention voire de la provocation. Mais à bien y penser, cette vox populi qui est aussi vox dei n’a peut-être pas tort. Pourquoi s’encombrer d’un vaste vocabulaire si on n’a rien à dire ?
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
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Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
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