| Le nord d'avant l'autoroute des Laurentides |
|
|
|
| Environnement | |||
|
Serge Provencher D'abord, les années auxquelles nous avons droit ici, ce sont les années 1940. Le petit Jean- Claude, rue Fabre, est un Montréalais typique. Mais il y a le métier du paternel : «Peu importe la saison de l'année, la période de la semaine ou l'heure de la journée, mon père était plus souvent qu'autrement derrière un volant. Le dimanche il aurait sans doute préféré oublier sa servitude, mais, tout compte fait, il ne se faisait jamais trop tirer l'oreille pour nous amener faire un "tour de machine". » En plus de bénéficier du chalet de Sainte-Rose, puis de celui de Mont-Rolland, le garçon accompagne dès lors son père dans ses tournées. Elles tiennent souvent de l'expédition. Au nord de Saint- Jérôme, entre autres, on se perd plus souvent qu'autrement, les cartes n'étant qu'approximatives. Mais si le voyageur de commerce passe plutôt inaperçu en ville, c'est loin d'être le cas dans les Pays d'en haut : « Là , c'est une homme influent qui peut faire ou défaire les réputations. » Germain ajoute : «La cure d'air pur dans les Laurentides, comme toutes les médications, produisait des effets secondaires, dont le plus notoire est demeuré avec nous: l'embouteillage du dimanche soir. Ivres de soleil, gavés d'oxygène, nous étions des milliers, entassés dans des autos, à respirer le monoxyde de carbone de la voiture qui nous précédait pour le transmettre à celle qui nous suivait, dans une interminable file d'attente qui, parechocs à pare-chocs, s'étendait de Saint-Janvier jusqu'à l'entrée du pont de Cartierville. » S'il découvre que son père a la responsabilité d'ouvrir la route du Nord aux bienfaits de la civilisation comme « la cigarette, le chocolat, la tchippe, la chique et la pinotte », le narrateur l'accompagne dans d'autres régions. Il découvre aussi peu à peu une autre facette de son papa : ce dernier a ses entrées dans le Red Light, le quartier chaud, très chaud, de Montréal. Au Montreal Pool Room, qui existe encore, rue Saint-Laurent, ou chez Mendelsohn's, une pawnshop, plusieurs personnes renouent avec l'ancien drummer devenu père de famille. «Disons que c'était une autre vie », répond-il souvent quand on le questionne. Et, effectivement, nos existences ne se composent-elles pas toujours de plusieurs vies bel et bien distinctes ? Puis, un jour, le coureur de routes met fin « à son va-et-vient incessant pour s'établir marchand derrière un comptoir » sur la Rive- Sud, dans le «microcosme du free for all généralisé » qui porte le nom de Ville Jacques-Cartier. C'est le règne des gros bras. «On a oublié aujourd'hui l'influence déterminante que le gabarit et la force physique ont exercée sur la relation des mâles entre eux dans la société québécoise traditionnelle », note l'auteur. C'est le règne, enfin, des politiciens véreux. À moins que ce ne soit l'ère des politiciens au franc parler. « Si j'me présente à la mairie, c'est parce qu'y a d'l'argent à faire et j'vous mentirais si j'vous disais qu'on n'a pas l'intention d'faire la passe! déclarait un futur maire de Jacques-Cartier devant une salle bondée qui l'applaudit à tout rompre. » Jean-Claude GERMAIN, Rue Fabre, centre de l'univers. Historiettes de mon jeune âge, Montréal, Hurtubise HMH, 2007.
|








Rue Fabre, centre de l'univers1, le plus récent des livres de Jean- Claude Germain, a visiblement été écrit en peu de temps. Il ne contient, après tout, que quelques courtes historiettes sur son jeune âge, dépeintes avec simplicité. Mais est-ce l'époque décrite ? Est-ce son commis-voyageur de père ? Est-ce le talent de conteur de Germain lui-même ? Toujours est-il que l'ouvrage séduit, au point qu'on en reprendrait sur-le-champ.


Vos commentaires...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...