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LE RITE D’ENTREE PDF Imprimer Envoyer
Structure
Patrice Llavador

 

La localisation de certaines activités pose manifestement problème, nous l’avons déjà commenté, dans le développement de nos villes et villages. Nous nous arrêtons aujourd’hui sur un de ces aspects, qui pourra apparaître mineur, mais qui n’en est pas moins un signe parmi d’autres.

 

Bonjour lecteur.

 

LE RITE serait une pratique destinée à reproduire ou répéter une certaine idée que nous avons du monde, de sa création, ou de la manière dont on le vit, quotidiennement ou occasionnellement.

Le rite d’entrée est une de ces habitudes qui scande notre vie de tous les jours : «Bonjour», «Au revoir». Nous franchissons la porte dans un sens, puis dans un autre. Il en va de la ville comme de la maison. Maison et ville sont d’une structure comparable, des lieux enfermés, symboliques. On parle de sa maison et de sa ville non pas comme de purs objets, mais comme des lieux très chargés d’idées, d’histoires et de symboles. La muraille sacralisait l’espace intérieur de la ville, comme les murs enveloppent aujourd’hui la maison. Il n’y a pas si longtemps de cela, la ville de Sana’a au Yémen, avait une porte dédiée aux étrangers, la porte du Matin, située plein Est par laquelle tout étranger était tenu de pénétrer dan

s la ville. S’il était animé de mauvaises intentions, le ciel se chargeait de le foudroyer sur place ! Mais cette charge symbolique du franchissement était plus ou moins la même partout dans le monde, quelle que soit la culture. Ici, dans la maison québécois

e, la porte de côté de la cuisine était celle que tout le monde utilisait tous les jours. La porte sur la galerie donnant directement dans le salon était réservée à Monsieur le Curé.

 

Ce long préambule pour nous transporter dans notre monde, et retrouver d’

autres significations. Aujourd’hui les villes sont ceinturées non plus par des murailles, mais des glacis de zones hétérogènes, commerciales ou d’habitat, non «parlantes». Cette mutation prend à Saint Sauveur une dimension qui pourrait être drôle si sa signification ne portait le symbolisme sur un terrain très contemporain. Nous enfoncerions une porte ouverte, si nous pouvons nous permettre cette saillie, en déduisant que notre monde n’est plus gouverné que par les puissances de l’argent. L’entrée de Saint Sauveur ne sera plus marquée symboliquement par deux colosses, ou un portique, ou un arc de triomphe ou une poterne, mais par deux banques ! De part et d’autre d’une des entrées principales du village, deux banques vous indiqueront très clairement de quoi le monde est fait.

BN

Avouons que ce trait urbanistique et architectural est fort. Il ponctue ainsi ce rite de franchissement que nous évoquions plus haut. En pénétrant dans Saint Sauveur, nous ferons une génuflexion. Et nous nous rappellerons que dans les villes arabes ou du Haut Moyen Age de l’Europe, les entrées des maisons ont une grande porte, avec une petite porte taillée dedans, de sorte que le visiteur en la franchissant devait se courber comme pour signifier son humilité, qu’il soit prince ou mendiant, devant le caractère sacré du «dedans». Souvenons nous aussi de la fondation de Rome, la Ville Eternelle, dont on disait que Romulus et Rémus avaient tracé les limites avec un sillon à la charrue. Juste pour bien marquer l’espace intérieur sacré, de celui de l’extérieur, non identifié.

RBC

Citoyens, quand vous rentrerez dans Saint Sauveur par la rue de la Gare, courbez vous mentalement devant le Veau d’Or.

 

Que le lecteur prenne cette chronique avec bonhomie, humour et un peu de détachement. Mais avec nous, qu’il en reste un souvenir de nos racines, et peut-être une petite gêne... La gestuelle de nos ancêtres nous revigore, elle donne une saveur particulière à nos comportements. Ne vous est-il pas arrivé déjà de rentrer quelque part, de lancer un «Bonjour» tonitruant, et de ne recevoir en retour qu’un silence glacial et gêné ? Le rite se perdrait-il ? Pas grave, on va quand même le perpétuer à notre petite échelle.

 

Au revoir lecteur.

 


Pas d’accord ? …courrier.lecteurs@tracesmagazine.com

 

 

 

 

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