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LE VIN ET LES MOTS - Jacques Orhon PDF Imprimer Envoyer
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Culture

Jacques Orhon

 

Dernièrement, un collègue relevait avec raison combien le style et les mots utilisés par certains auteurs dans une revue française spécialisée dans le vin étaient souvent hermétiques, et que les phrases, aussi lourdes que longues, ne voulaient en fait pas dire grand chose. Même s'il n'est pas question d'écarts de langage ni de grossièreté, disons que le vocabulaire du vin est souvent malmené, ce qui à toutes fins utiles ne change pas grand-chose au goût du vin. Mais tout de même, un petit effort ne ferait pas de mal… C'est ainsi que bien des gens pensent que nous dégustons à l'aveuglette, c'est-

 

à-dire sans discernement et sans analyse précise. C'est en fait une question de sémantique et de hasard, parce que les mots se ressemblent, mais l'expression « déguster à l'aveugle » tirée de l'anglais « blind tasting » et qui signifie que l'on ne connaît pas le nom du vin, est évidemment plus juste. Toutefois, je préfère parler de « dégustation anonyme » ou « à l'anonyme », puisque à preuve du contraire, je vois, de mes yeux, la robe du vin, dont je ne connais pas le nom.
Il y a aussi ces néologismes qui nous arrivent comme ça, sans crier gare: l'amusante « champagnette », par exemple, sans grande conséquence mais plutôt péjorative à l'égard du champagne. Tout comme il est impropre de dire d'un vin oxydé qu'il est « madérisé »; ce n'est pas très gentil pour le vin de Madère, souvent très grand. Il existe aussi une certaine confusion dans les termes. On dira « goulot » et non « goulon », « muselet » (fil de fer maintenant le bouchon d'un mousseux) et non « muselière », « beaujolais » et non « beaujelais ». Confusion également entre « fruité » et « sucré »: beaucoup de vins blancs et rouges sont secs et fruités sans pour autant être sucrés. Le fruit fait allusion au caractère du vin, qui peut offrir à la fois des senteurs et des saveurs fruitées. Lorsque le vin est sucré, c'est qu'il a gardé un taux de sucre résiduel élevé, ce qui le rend très doux en bouche.
Quant au verbe « carafer » utilisé aujourd'hui à tout bout de champ et qui à ma connaissance n'existe pas; il serait plus juste de dire « passer en carafe ». Mais bon, il faut accepter aussi qu'une langue évolue avec le temps. Comme cette fameuse « typicité » employée longtemps sans que le mot n'existe et qui a été acceptée officiellement il y a quelques années. On n'insistera jamais assez sur la différence entre l'« énologue » et le « sommelier ». Même le sympathique et érudit journaliste Bernard Pivot m'a assuré qu'être sommelier c'est aussi être énologue. Flatteur peut-être, mais ce cher Monsieur Pivot, et n'en déplaise à ses admirateurs, a commis ce jour-là une erreur d'interprétation. Sans parler du fait que certains se disent aujourd'hui sommelier ou énologue, alors qu'il n'en est rien. Mais il s'agit là d'un autre problème, celui de l'usurpation de titre.
En matière d'orthographe, il faut aussi user de prudence, et surtout se garder d'affirmer, ce que font toujours quelques zélés. Tannin peut prendre un « n » ou deux. Hermitage peut commencer ou non par la lettre H. D'autres exemples: cinsault ou cinsaut, clos-vougeot ou clos-de-vougeot, savagnin ou salvagnin (un cépage du Jura); côtes s'écrit avec un accent circonflexe, mais pas coteaux, et ainsi de suite. Nul doute qu'avec le vin, le bon usage des mots est aussi important.

 

 

 

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