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Si toutes les idées se ressemblent, à qui appartiennent les strates du savoir ?
Les deux hémisphères du réel
Gilles Matte
Les rapports qu’entretiennent la peinture et la sculpture avec l’univers du livre, quand ils s’évadent de l’illustration, m’ont toujours intéressé du point de vue du poète; c'est-à-dire par le potentiel hautement poétique qui naît de la distance acceptée, parfois même provoquée, non point tant entre les imaginaires qu’entre les sensibilités des artistes. J’ai toujours à l’esprit ce dessin de Man Ray, deux mains entre lesquelles le temps a tissé une toile d’araignée, sous lequel Eluard a écrit « je n’ai jamais tenu ta tête dans mes mains ». L’exposition L’image à la lettre, présentée au Centre d’Exposition de Val-David, explore en trois temps cette relation, qui n’est autre qu’un désir de complémentarité, de finitude, d’universalité de la vision, qui a conduit des artistes comme Roland Giguère à passer à volonté de la gravure à la poésie, dans des noces qu’il savait célébrer lui-même.
Canyons érodés jusqu’à l’assèchement des strates du savoir, les sculptures géomorphologiques, taillées à même de véritables volumes d’encyclopédies par Guy Laramée, nous troublent par l’étrange dichotomie entre la beauté du paysage abîmé par le temps et la symbolique de l’objet dont on ose croire éternel le contenu malgré les transferts virtuels en cours. Quand il sous-titre Tectonique 4 : « toutes les idées se ressemblent », interroge-t-il la confluence des masses critiques dans l’évolution et la propagation des idées ou, malgré lui peut-être, la pertinence des débats actuels qui ont lieu quant aux notions de propriété intellectuelle et de droits d’auteurs ?…Si toutes les idées se ressemblent, à qui appartiennent les strates du savoir? Quoi qu’il en soit, l’idée subversive de l’éphémère serpente déjà dans cette exposition. La gravure, par le geste intégrateur du livre d’artiste, converse aisément avec la poésie. Les pages choisies par les graveurs de l’Atelier de l’Île, pour peu que nous lisions aussi cette exposition, témoignent avec éloquence de cette complicité naturelle vraisemblablement soutenue par le partage d’un support fibreux commun rendant au signe graphologique sa valeur graphique. En contrepoint à l’érosion du support suggéré par les sculptures de Guy Laramée, les livres d’artistes, malgré leurs qualités d’intouchables, affirment la beauté tentatrice de l’objet, sujet du projet des valises numériques où s’exprime la marginalité assumée d’artistes qui choisissent d’oeuvrer dans la pâte du réel… où rampe encore… comme dans le Totem de Piedra, l’éclatante idée de l’éphémère : Les avaleurs d’or Oublient l’éphémère Plus grande est la vanité Plus petit est l’univers 1
L’œuvre de Hélène Dorion nage en eaux troubles entre poésie et philosophie. La réalité perçue n’est pas mise en cause, elle est interrogée sur sa signifiance, sur sa raison d’être et notre pertinence d’y être. On y perçoit à la fois une difficulté et un désir d’acceptation de n’être que cela, que cette magnifique chose frêle dans un monde fragile. Les Correspondances entre Carol Bernier et Hélène Dorion suggèrent un monde de couleurs et de lumières dans une série de ciels panoramiques où l’univers, au dessus des mouvances du monde, à la limite de ce que nous en percevons sans outils que nos yeux de chair, impose le silence et le respect, l’admiration, l’incompréhension. Espace privilégié de la poète, livré au vol libre de la douleur qu’on nommera toujours solitude malgré le bonheur. Par terre, en une série de petits artefacts, Hélène Dorion nomme ce désir qui hésite entre la chair et l’esprit, entre la parole et la pâte du jour…
je ne sais pas dessiner pas mettre de la couleur autour des mots noirs pas fixer une image pas suivre l’ombre mouiller le papier tremper le pinceau dans l’eau éponger avec un chiffon pas faire dire à la main ce qu’elle voit de la lumière ce qu’elle touche je ne sais pas le visage ne sais pas forcer la bouche à s’ouvrir le corps à s’étirer sur toute la longueur de la page avec le doigt estomper le bleu du ciel ajouter un peu de mauve au bout de l’horizon dire voilà c’est l’aube 2
Et voilà qu’elle le dit. Simplement. Il fallait palper la réalité.
________________________________________________________________________ 1- extrait du livre d’artiste Totem de Piedra de l’atelier de l’île de Val-David 2- Portrait imaginaire poème de Hélène Dorion collé sur un petit format de Carole Bernier
L’exposition L’image à la lettre se poursuit au Centre d’Exposition de Val-David jusqu’au 22 mai. Hélène Dorion sera l’invitée de la semaine de la poésie des Laurentides et de la Nuit Laurentienne de la poésie le 26 mars au Théâtre du Marais de Val-Morin, sous l’égide de l’Association des Auteurs des Laurentides.
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
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Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
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