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Les sorties de Gille Matte - Alain Tremblay PDF Imprimer Envoyer
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Culture
Parce qu’il réunit des œuvres dans un corpus sensible, sans jamais avoir donné de direction aux artistes, ayant simplement retrouvé les fragments de son propre regard dans l’œil de l’autre, la passion d’un collectionneur vaut bien des commissariats.

Collection privée.

Gilles Matte

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Le mot collectionneur a longtemps eu pour moi la mauvaise presse du timbre-poste, des cartes de hockey et autres collectible$. J’habite pourtant une maison où s’empilent, dans un foisonnement tropical, des objets accumulés, tels les mémoires tangibles de celle qui les y a réunis, et qui prennent, avec le temps, un espace neuf dans la mémoire toute vive du nouvel admis dans leur intimité. Ceux que j’ai transportés dans la chambre que j’y occupe, et installés sous l’œil bienveillant du Gardien des petites choses, jettent à leur tour leurs ponts synaptiques. Il y a, dans tout ce fourbi cumulatif, anonymement presque, quelques toiles, quelques sculptures, dont la valeur réside autant dans le traité d’amitié que dans la fenêtre. Parce qu’un tableau, parce qu’une sculpture, est une fenêtre en instance d’éternité.

Devant la très belle toile de Gilles L’Heureux, toute en vent d’herbes assoiffées malgré la sobre odeur de marécage, chez Dieu du Ciel ! à Saint-Jérôme, Claude Millet1 m’a tenu ce propos de fenêtre tangible sur l’instant retenu qui m’a beaucoup plu parce qu’il habite aussi la marge du poème. Et qu’il est peut-être le curriculum d’une collection.

En circulant entre les œuvres de Sublime démesure réunissant, au Musée d’Art Contemporain des Laurentides, une sélection de la collection d’Alain Tremblay, le plaisir se dédouble pour peu, qu’outrepassant la tentation psychanalytique, acceptant chaque œuvre pour ce qu’elle est au départ, unique, solitaire, prise au piège de sa propre fenêtre, nous reconnaissions la synergie du collage dans cet amalgame d’érotisme et de violence attisés par un silence qui atteint même les meubles. Silence lourd, si bien pesé dans Viaduc et autoroute de Maclean. Un peu trop rouge pour un simple coucher de soleil, la route en perspective de distance aiguë traverse la coupure balisante d’un viaduc et on peut lire, un peu délavé, comme écrit au doigt, this time you’ve gone too far; s’en éloignant, nous réalisons que la toile horizontale aux coins arrondis est un rétroviseur.

Parce qu’il réunit des œuvres dans un corpus sensible, sans jamais avoir donné de direction aux artistes, ayant simplement retrouvé les fragments de son propre regard dans l’œil de l’autre, la passion d’un collectionneur vaut bien des commissariats.

Il y a aussi dans nos vies les œuvres de passage que nous ne verrons qu’une fois, car nous ne retrouverions pas l’ampleur du vertige dans une fenêtre virtuelle. Alors, nous prenons le temps nécessaire pour l’inscrire, sans zapper, dans notre mémoire vivante. La mienne a toujours maille à partir avec la poésie. L’œuvre photographique de Denis Farley, dans la première salle, fait désormais partie de ma collection. Parce que la solitude des livres me justifie. Parce que la place du poète est debout dans le même vertige réécrit. Réécrit. Réécrit comme une interminable et aimable couverture sur le cardiogramme frileux et silencieux des corridors. Parce que je lui réclame la tapisserie des passants. Ceux, absents, qu’on dessine sans consistance et sans importance sur la vitrine du monde. Parce que l’œil du poète s’ouvre sur un violent désir de rue.

Et ce silence! Comme un corridor!

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1artiste peintre et photographe de Sainte-Anne-des-Lacs

Sublime démesure : MACL, jusqu’au 10 janvier.

Hyperliens : exposition produite par le centre de conception graphique Graff , petite salle du MACL, jusqu’au 10 janvier.

 

-30-

 

Photo : coll.Alain Tremblay – Rafael Sottolichio La mesure, 2006, huile et acrylique sur toile 183 x 137 cm – c’est Alain Tremblay lui-même que l’on voit sur le toile.

 

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