Bulletin de Traces Magazine
bkg_main_l
bkg_main_r
Blog de Traces Magazine
SUIVEZ-NOUS

 

CONNEXION   |   FERMER LA SESSION   |   INSCRIPTION   |   CARTE DU SITE
Les sorties de Gilles Matte PDF Imprimer Envoyer
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Culture

La perfection achevée est un astre mort, qui nous laisse insensible.1

Le plaisir est-il dans la question?

Gilles Matte

 

Quel étrange questionnement que de se demander : la Culture est-elle à la barre de l’art ou l’Art à la barre de la culture? Ou – mais serait-ce la même – de quoi autre que de discours est construit le pont-levis qui isole ou réunit Arts et Métiers d’art? Étrange de devoir les poser, mais ces questions pourtant sont sous-jacentes aux justifications de toute tentative de financement de l’un comme de l’autre et des uns comme des autres

 

Dans un récent article, M. François Jobin écrit, avec en sous texte un point interrogatif : « … on élève la BD au rang d’un art »2. Quelques pages en aval, dans le même journal, une bande dessinée de Jean-Sébastien Lajeunesse, intitulée l’artiste laissera toujours ses traces, nous fait passer en trois mouvements de l’âge de pierre à l’écran tactile. Et je lis, dans les pages d’un livre dont il faut tourner les pages avec les doigts (nostalgie d’un temps où nous ouvrions chaque page à l’aide de coupe-papiers tous plus « métiers d’art » les uns que les autres), je lis donc : « Mais il ne faudrait pas sous-estimer pour autant la réduction du numérique lui-même à l’écran, dont le cadre et l’immatérialité impliquent des conventions et des restrictions comparables à celle de la page de papier ou de l’image peinte. Cette dominance écranique  de notre époque surimpose la représentation visuelle et la médiation à l’expérience corporelle et tactile; elle substitue un simulacre à la résistance matérielle et à l’épaisseur de la réalité. »3 Elle vaut la peine d’être lue à nouveau cette bande dessinée de Lajeunesse , car voulu ou non, tout y est : de la réduction systématique de l’espace d’expression à la fenestration du réel. Mais poursuivons notre lecture, quelques lignes plus bas : « On a trop pris l’habitude de considérer le virtuel comme une réalité augmentée, sans plus s’interroger. »4 Et partons de tout ça. De l’emplacement des coïncidences. Et posons que la Culture est à la barre de l’art. Dans la mesure où elle fournit, pour son usage personnel avant tout, les matériaux qui serviront à construire et entretenir le navire. Mais plus encore, lorsqu’on retrouve sur ses planches à desseins les modèles finançables.

Rien de nouveau. C’est l’histoire de l’art. La vraie. La triviale. Le fil d’Ariane, à la fois questionnable et inévitable, dont parle Noël Vallerand dès les premières pages de son rapport rédigé pour la commission des études de l’UQAM. Tous les systèmes d’art naissent, admet-il, de la même façon et se perpétuent par des écoles forcément soumises, à n’importe quelle époque de leur histoire, à « une esthétique dominante, laquelle doit précisément sa situation de prééminence au fait qu’elle constitue le prolongement d’un système de valeurs qui n’est rien d’autre que le ciment d’une civilisation déterminée. »5 Les académismes et les révolutions des artistes se nourrissent du même pain, quitte à le rompre à qui mieux mieux. La prétendue liberté de l’Art Actuel n’échappe pas – le mot liberté non plus – à la récupération par une Culture ayant appris l’immense avantage de la flexibilité. Comment voir autrement les formatages insidieux des École Nationale de l’Humour et École Nationale de Poésie ou la renaissance révolutionnaire que connaît aujourd’hui l’alexandrin rimé ?

Je ne m’éloigne pas. Je passe par les sentiers que je connais le mieux. Je parle des outils qui formatent au nom de l’Industrie de la Culture. Et des volontés qui formatent au nom de bienséances amenuisantes. De l’un comme de l’autre nous submerge une dangereuse opacification de la véritable nature de l’Art : l’ambiguïté. Car la visée de l’art, s’il faut le différencier du métier d’art, ne saurait être l’unique beauté qui déjà crève de toutes parts la production des véritables maîtres artisans. Cette ambiguïté, cette obligation d’interprétation, qui n’est pas pour autant une obligation de réponse, s’opposera toujours à la certitude du Métier d’Art qui lui relève, par définition sinon par visée, de l’industrie de la culture. L’art, comme la poésie, réside dans l’ambiguïté du souffleur de jazz, louangé par Kérouac, qui quitte la partition et nous entraîne Dieu sait où, sinon que c’est là, sans agenda et sans but lucratif, que nous voulons aller. Toutes les époques de la musique leurs interprètes vivants, comme toutes les époques de l’art, on fait ce chemin, parfois ardu, de redécouverte et de redéfinition du plaisir. La médiation culturelle dont on parle tant, pourrait-elle trouver sa voie dans la réintroduction à son vocabulaire du mot plaisir ? Car j’ose prétendre que le plaisir n’est pas un nivellement par le bas. Mais le formatage – mot nouveau pour adoucir carcan – du plaisir semble, lui, réguler bien des pendules. Et le nouveau vocabulaire bien plus que la nouvelle orthographe.

 

 

________________________________________________________________________

1- Hervé Fischer, L’avenir de l’art, VLB, 2010.

2- François Jobin, Les oiseaux volent-ils plus haut que les ouasos ? TracesMagazine, vol 5 no 1, novembre 2010

3- Hervé Fischer, op.cit.

4- ibid.

5- Noël Vallerand, Les arts, l’université, la politique culturelle, VLB, 2010

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Bannière

Vos commentaires...

Traces Magazine
Ce site web est une création de Kinologik & Michèle Potvin | Traces magazine © 2007

Image
Le journal T R A C E S
est récipiendaire du prix Coup de coeur
du concours québécois en entrepreneuriat
de la SADC des Laurentides