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Les sorties de Gilles Matte - Le rendez-vous sans agenda avec la perfection du moment… PDF Imprimer Envoyer
Arts et spectacle

Roger Lauzon, comme un marcheur obstiné.

Avant ce premier regard l’absence de rêve hantait ma destinée.

(Roger Lauzon)

 

 

Lauzon-visageJ’ai connu Roger Lauzon il y a quelques décennies déjà. À cette époque il m’était un miroir insupportable de toutes les rigidités que j’avais douloureusement voulu balayer à jamais de mon éducation. Et j’imagine bien que le sentiment était réciproque.

Est-ce important? Oui. Parce qu’au fil des années nous avons, chacun avec nos armes légitimes, traversé le seuil de l’intolérable et, que l’homme dont je parle aujourd’hui aurait pu signer ce vers que j’ai écrit et dont il sera peut-être étonné: marcher, comme un travail de l’âme. Il suffit de quelques pas dans la salle d’exposition, d’un premier regard englobant, pour comprendre que nous regardons le travail d’un artiste en perpétuelle quête de vision. Tout ici respire l’attente, la marge ouverte, les canots flexibles du temps. Le rendez-vous sans agenda avec la perfection du moment.

À une époque où les facilités numériques ont fait perdre une certaine crédibilité au photographe au profit des arts de transformation de l’image, Roger Lauzon s’obstine avec un immense bonheur au cadrage immédiat et irrévocable, ne s’autorisant que les modifications, de tout temps propres à la photographie, de contraste et de balance des couleurs. Les images qu’il offre ainsi sont libérées de toute interprétation hormis celle d’avoir posé l’œil d’une question sur la pâte du réel. Le rêve arrive parce que l’artiste a fixé ce qui ne se reproduira jamais. Et parce qu’il le fixe magnifiquement, avec un sens irréprochable de l’image, entre surréalisme et abstraction, à travers des nuances chromatiques parfois étonnamment réconciliées. Il faut se laisser apprivoiser au-delà du premier regard : les mauves dans la lumière demandent un temps d’adaptation à la rétine.

Quand j’ai su que des textes de l’artiste allaient accompagner les œuvres, j’ai eu un mouvement instinctif de recul, tant je considère que l’œuvre doit parler par elle-même et tant me déplaît qu’un artiste insiste sur sa démarche au détriment de celle qu’il éveille en moi. Mais la manière est ici étonnante. Roger Lauzon s’est permis d’écrire dans la marge, des textes à peine issus de l’image, comme pour nous dire « voilà ce que je vous convie à faire, à votre image et à votre vraisemblance ».  Pour peu qu’on accepte une certaine naïveté et une imagerie biblique qui déborde (enfin! Quant à moi) vers une plus vaste spiritualité, le résultat est déroutant pour un nouveau-né à l’écriture. J’aime bien qu’on m’explique dadaïquement que : « Depuis la nuit des temps les crocodiles existent. Ils ont comme ancêtre le big-bang de l’univers. », ou qu’on me parle de « cette espérance verdâtre qui nous caractérise. »

Mais quand Lauzon écrit : « Comment dire l’indescriptible, tellement les mots deviennent impuissants pour décrire la multitude des témoins de la souffrance? », non pas la multitude de ceux qui souffrent, mais l’insupportable multitude des témoins! Là, je serre la main d’un homme.

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Roger Lauzon expose à la Maison de la Culture de Lachute, 378 rue Principale, tél. 450 562-3781, jusqu’au 25 mars.

 

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