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Les sorties de Gilles Matte - Loraine Galarneau PDF Imprimer Envoyer
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Arts et spectacle

Gilles Matte

lGalarneau2Entre les eaux partagées de l’impudeur et les miroirs répétitifs de l’indécence.

…l’amplitude arrivera à tenir, sans compromis, dans l’espace restreint de la miniature.

…comme si toujours le mouvement naissait du corps assumé.

…dans des galeries d’herbes folles, explorer la voile du voyage et les escaliers du vent.

Aux antipodes de l’insoutenable légèreté1, la belle et étrange lourdeur d’être femme. Je parlerai donc de ce que je ne puis connaître, en tentant de relier les mots qui suintent des tableaux et des cahiers de Loraine Galarneau.

“Cartographie de l’intime” s’écrit au féminin généreux et nous entraîne dans un discours du corps habitable. Entre les eaux partagées de l’impudeur et les miroirs répétitifs de l’indécence. Entre douleur et sérénité. Entre Mine-moi et Encre-moi dont la phonétique, comme l’imaginaire de Galarneau, se dédouble pour osciller entre usure et ancrage. Ces albums effeuillés agissent avec le charme désuet des photos bien rangées et proposent avec la même fascination, entre la troublante précision du trait et le court circuit du détail, des histoires personnelles où nous attablons nos propres souvenirs flous.

Si j’ai parlé d’abord de ces albums, c’est qu’ils offrent, à mi-parcours de l’exposition, un subtil lexique du vocabulaire et de la sémantique de l’artiste. Loraine Galarneau redessine sans fin l’anecdote. L’image première sera défaite, grossièrement recousue ou reprisée du bout des doigts, abîmée, usée et réinventée, chorégraphiée à l’instant d’une gestuelle dont l’amplitude arrivera à tenir, sans compromis, dans l’espace restreint de la miniature.

lGalarneau1

Les premiers tableaux de l’exposition, la série Planètes, nous préparent pourtant peu à la densité caractérisant l’univers de l’artiste. Ils s’offrent à l’œil telle une série de sereines variations chromatiques émanant du cercle; alors que la couleur, lorsqu’elle est présente dans les autres œuvres, est le plus souvent rude et agit comme une découpure sur une partie du corps ou entre le lieu et le corps en mouvement qui semble vouloir s’en extraire. Cette présence du cercle nous la retrouverons toutefois, dans Terre des femmes, avec toute sa lourdeur planétaire et dans la colorimétrie familière à l’artiste, au bout de la main-oiseau d’une femme au bassin bien ancré, caractéristique des femmes de Loraine Galarneau, et au tronc élancé, comme si toujours le mouvement naissait du corps assumé.  Ce tableau particulier s’offre comme une fresque inachevée et nous pouvons facilement hésiter ayant compris, à travers les autres tableaux, que le fond de la toile fait partie de l’œuvre; mais aussi que l’artiste s’octroie le droit d’y intervenir à nouveau, d’en saisir des bribes et d’en réinterpréter les fondements, exactement de la manière dont nous construisons nos réalités.

Avec les séries Fine peau et miniatures sur trépieds, Loraine Galarneau semble s’éloigner du corps qu’elle inscrit maintenant dans des fenêtres oniriques ou des miroirs sans condescendance, par le geste usant délibérément la matière. Comme si, encore ancrée dans la lourdeur du corps-arbre qu’elle dessinait il y a quelques années, elle pouvait aussi, désormais, dans des galeries d’herbes folles, explorer la voile du voyage et les escaliers du vent.

 

*

Loraine Galarneau, Cartographie intime, entre la miniature et le monumental, Centre d’exposition de Repentigny, 3, place d’Évry, (deuxième salle) jusqu’au 7 février.

 

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1- allusion au titre du roman de Milan Kundera : L’insoutenable légèreté de l’être.

 

CRÉDIT PHOTOS : L.Galarneau

 

 

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