| L’horreur est une prise de conscience de l’infini. |
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| Arts et spectacle |
Lascaux cosmique.
Gilles Matte Quand elle dépasse l’anecdotique massacre et son jeu de peurs superficielles, qu’elle s’installe telle une sensation furtive évadée des chambres des tumulus qui ont tramé l’histoire du monde et, sur lesquels aujourd’hui veillent physiquement les églises de pierres volées à cette histoire occultée, quand on l’appelle frayeur; l’horreur est une prise de conscience de l’infini. Corridor. La relation à une œuvre d’art est toujours histoire de références personnelles. Mon grand père était pêcheur sur le fleuve. Deux fois par jour, dans le passage ouvert des marées basses, entre les bienveillances de la lune ou du soleil, il allait ramasser la vie qui venait se terminer avant terme dans des filets incompréhensibles. En passant entre ceux tendus par Ed Pien, où sont restés accrochées quelques silhouettes sommairement humaines, je me suis retrouvé de l’autre côté des perceptions. La lumière mouvante qui traverse les cordages crée sur le mur du fond un monde enclos, instable comme par la réfraction fragmentée de l’eau courante. Je suis à l’intérieur des filets. Mon ombre chinoise s’imprime violemment dans cet univers qui ne semble pas m’appartenir. Je m’assieds dans un coin, cinéma vérité, je suis patient. Entre les bienveillances de la lune ou du soleil, à des années minutes l’un de l’autre, vont et viennent des personnages bipèdes à la limite de la perception, ombres sans références pour l’esturgeon. Mais dans les mailles du filet, ce ne sont pas des esturgeons qu’a capturé Ed Pien… Je pense à Charles Fort disant que peut-être nous ne sommes que des poissons de haut-fond, incapables d’imaginer des mondes que nous ne pourrions voir sans mourir, comme le dit Éluard, d’avoir voulu avaler cette planète d’air et de lumière. Et pour survivre à l’horreur, nous légendons les silhouettes qui traversent furtivement notre insoutenable ignorance. Par définition, l’infini ne saurait être fini. La chaîne alimentaire, trop souvent chaîne des supplices, ne saurait donc s’arrêter à nous? Sur les traces de la nuit. Sous les tumulus d’un passé inexpiable ou dans les antichambres de toutes les inquisitions ou encore, dans celles où se décrypte aujourd’hui l’effet trou-noir de la puissance enclose dans la matière, rampe le chaos. Nyarlathotep, l’appelait Lovecraft : le chaos rampant. Qu’il s’agisse des dessins de Pien, juxtaposant frénétiquement des créatures plus hybrides les unes que les autres ou nous les présentant dans une graphologie magmatique dont elles semblent ne chercher qu’à s’extruder pour exister; ou qu’il s’agisse de l’installation sur les traces de la nuit où rôdent et règnent sur la mince paroi de nuit qui les isole de nous, des abominations sans nom –blasphèmes organiques aurait dit Lovecraft; un seul sentiment empoisonné s’installe en nous : la fascination. Celle qui poussera à entrer à l’intérieur de l’interdit. À mettre l’œil sur tous les pores de l’univers pour y voir ce qui s’y tapit au-delà de notre raison raisonnable. Et nous avancerons, nous accepterons la souple invitation du corridor organique qui s’écarte littéralement devant nos pas pour se rétrécir derrière nous. Nous irons y longuement contempler la surface de la lune réfléchissant le bouillon des possibles : deux corps en ombres chinoises, s’interpénétrant se distanciant partiellement, incapables d’identité propre, épousant dans un ballet vampirique, sans hiérarchie, les formes confondues du grotesque et de la beauté. Les deux installations d’Ed Pien habitent les salles du musée jusqu’à les oblitérer et ce dans une légèreté physique déconcertante. C’est la force d’attraction du dispositif qui nous avale, bien que nous n’ayons pas envie de faire partie de cet univers justement parce qu’il est peut-être le nôtre. L’infini est la sensation la plus insoutenable qui puisse s’insinuer en nous. Pourtant nous en rêvons.
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Ed Pien, Déliaison, Musée d’art Contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme jusqu’au 27 février _______________________________________________________________________ Charles Fort : le livre des damnés. Howard Philipps Lovecraft : auteur de romans développant une horreur cosmique. Il a créé le mythe des Grands Anciens, cosmogonie peuplée d’êtres quasi infinis.
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Lascaux cosmique.



Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
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Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
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