| L’indépendance : point de départ ou d’arrivée? |
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Éducation François Jobin
Il y a quelques semaines, Gilles Duceppe, ci-devant chef du Bloc, nous mettait en garde contre l’assimilation à la vitesse grand V qui menace les québécois; ces derniers deviendraient à plus ou moins brève échéance des créatures folkloriques comme les cajuns de la Louisiane et autres acadiens néo-brunswickois. Son diagnostique est probablement juste, mais je me permets de mettre en doute la pertinence du remède qu’il propose : l’indépendance. Soyons clairs; je suis pour l’indépendance du Québec mais je ne crois pas qu’elle constitue la panacée contre l’assimilation. Notre culture survivra dans la mesure où nous y croyons. Or, pour le moment, j’ai des doutes. Dans certaines régions (dont la mienne, les Basses Laurentides) la seule mention de culture suffit à donner des boutons à plus d’un élu. Le goût de la culture commence avec la maîtrise – donc l’apprentissage - de la langue, cette langue que, chez nous, « on ne châtie pas mais qu’on punit » comme le disait assez justement Gilles Vigneault. Nous parlons mal au Québec. Je ne fais allusion ici ni aux accents régionaux, ni à la prononciation molle, ni aux archaïsmes issus de la colonie; je pense plutôt au vocabulaire indigent, aux phrases mal construites, à l’ignorance crasse qui rend les pronoms que et dont interchangeables et bien sûr aux anglicismes et autres barbarismes qui caractérisent notre parler. « Mais icitte, on n’est pas en France. On parle québécois ». Voilà un argument de paresseux. Ce n’est pas une raison pour se promener dans la vie avec un vocabulaire de 800 mots. Je ne vois pas comment l’indépendance incitera les enseignants à mieux s’exprimer, par exemple, ou les médias à relever leurs exigences langagières. En matière de langue, Radio-Canada a été jadis une référence ce qui lui a valu dans certains milieux la réputation d’une boîte de tapettes qui pétaient plus haut que leur cul. Aujourd’hui, démocratisation oblige, la plupart des jeunes journalistes parlent comme ils marchent et c’est parfois pénible d’entendre certains animateurs chercher leurs mots comme s’ils s’exprimaient dans une langue étrangère. Ensuite, il faudrait peut-être redonner aux enfants de la Nouvelle-France le goût de leur histoire. Depuis trente ou quarante ans on ne semble pas, tous gouvernements confondus, accorder une très grande importance à nos origines. Sous prétexte d’aller de l’avant, on néglige de regarder dans le rétroviseur. Et on se plaint que les jeunes ont la fibre nationaliste un peu mollette. L’Indépendance va-t-elle corriger le tir ? Du côté des médias, il est impératif que notre télévision et que notre radio reflètent nos valeurs. On produit beaucoup de télé chez nous mais une importante partie des émissions (Le Banquier, Urgence, Caméra Café, Tout le monde en parle, pour ne nommer que celles-là) ont été imaginées ailleurs. On aura beau dire qu’on les adapte à la sauce québécoise, il reste que ce sont des concepts étrangers ; ils charrient une vision passe-partout du monde, des valeurs universelles pour ainsi dire. Ces valeurs sont toutefois un leurre précisément parce qu’elles conviennent à tous; elles ne favorisent guère l’expression d’une culture spécifique. Conséquence : notre télévision ressemble à un affligeant désert culturel : quelques rares oasis au milieu d’un vaste rien. Avec l’indépendance, l’État offrira-t-il une prime à la création de concepts originaux ? Radio-Canada (encore) s’est taillé à ses débuts une formidable réputation dans le domaine des émissions jeunesse. Depuis, la société d’État a abandonné ce fief aux canaux spécialisés qui s’abreuvent désormais aux fontaines étrangères, souvent américaines. On compte sur les doigts d’une main les productions québécoises originales destinées aux moins de douze ans, un créneau guère rentable puisqu’on interdit aux diffuseurs la publicité pour enfants. L’indépendance donnerait-elle aux producteurs de télévision davantage l’envie de faire québécois ? Parions que nous suivrions plus vraisemblablement les traces de certaines républiques bananières qui ne produisent que les bulletins de nouvelles locales et s’en remettent au marché mondial pour le reste de leur programmation. Comme nous sommes un petit pays et que nous n’avons pas encore atteint le seuil minimum des 10M d’habitants qui, selon l’UNESCO, permet l’autosuffisance culturelle, l’État devra continuer de subventionner la culture afin d’en favoriser la diffusion. Le Cirque du Soleil, Robert Lepage et Céline Dion n’ont-ils pas démontré que nos productions sont éminemment exportables ? Et pourtant, au lieu d’augmenter les budgets, on sabre dedans. Explication : nos dirigeants ne voient guère plus loin que les quatre ans de leur mandat. Mais avant toutes choses, il faudrait peut-être transformer la mentalité des québécois eux-mêmes dont la masse tient la culture pour un fief de l’élite laquelle lève le nez sur tout ce qui n’a pas reçu l’imprimatur du marché étranger. Avoir le goût du Québec, c’est un bien beau slogan. Mais encore faudrait-il qu’il corresponde à quelque chose de concret dans la vraie vie. Tout me porte à croire que se définir actuellement comme québécois relève plus de l’alibi que de l’aspiration. Nous avons, je pense, un énorme travail d’éducation à faire avant le prochain référendum.
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
Toujours aussi pertinent Plus...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...