| Louis Pelletier - charpentier-menuisier |
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Louis Pelletier est charpentier-menuisier, entrepreneur général spécialisé et passionné du patrimoine bâti. Il est impliqué à travers différents comités, anime des conférences et aime transmettre sa passion aux jeunes dans les écoles. Il peut s'enorgueillir d'un passé patrimonial important et respecté grâce à ses réalisations concrètes. Nos Laurentides, nostalgiques ? - pas du tout ! Louis Pelletier Un début ardu, oui, façonné à la hache et au godendart1. Des vallées entières déboisées, dessouchées et ensemencées pour une pauvre récolte; les roches y poussaient plus vite que les patates. Qu'à cela ne tienne, il fallait y bâtir une région avec un avenir meilleur pour ceux qui allaient suivre. Malgré des hivers rigoureux, qui ne permettaient pas la paresse, des efforts démesurés se sont succédé pour parvenir à simplement survivre à cette époque. Subventions, allocation chômage ou aide gouvernementale n'existaient pratiquement pas. On donnait le lopin de terre, quel cadeau! L'habit de noces servait pour toutes les occasions spéciales ou pas, les effets personnels devaient durer longtemps et pas de gaspillage : on mange tout ce qui est dans notre assiette. Nostalgique de tout cela; pas vraiment ! À plus ou moins 150 ans, selon votre région, tout a bien changé. D'immenses champs se sont reboisés par la force de cette magnifique nature laurentienne, la presque totalité des fermes ont disparu, les moulins à eau, à farine, à carder2 ou à scie ont subi le même sort, les jolis ponts couverts, pour résister aux intempéries, ont été remplacés, heureusement, il en reste quelques uns encore. Mais nos pauvres aïeux n’avaient-ils fait que du laid, du non durable? Au contraire, à cette époque on était fier, on ajoutait des fioritures à nos bâtisses et on les construisait pour qu’elles servent longtemps; c’était l’héritage laissé aux enfants. Ainsi, après plusieurs années d’efforts, nos ancêtres étaient parvenus à un certain confort et des jours plus doux se pointaient à l’horizon. La relâche, ils ne connaissaient pas, car les églises (et les presbytères), occupaient leurs loisirs. Bâties à la grandeur de leur foi, avec des cinq et dix sous, c’était leurs châteaux. Plusieurs sont centenaires et plus belles les unes que les autres. Aujourd’hui, ces églises, sont transformées, tant mieux, incendiées ou démolies, dommage, mais celles qui restent, servent toujours pour les cérémonies dont nous avons besoin à l’occasion. Un héritage diminué Toutes ces constructions avaient une grande valeur pour nos parents. Et, nous qu’avons-nous fait pour conserver ces vieilles bâtisses? Plusieurs ont été abandonnées, d’autres ont été démolies ou victimes du feu, certaines ont été rénovées à la moderne, ce qui diminue terriblement notre héritage. Nous sommes trop occupés ; auto boulot dodo, magasinage, voyage, consommation effrénée. Nous n’avons plus les « moyens » de chauffer nos églises, encore moins le temps de gratter et de peindre un bâtiment ancien, le pinceau étant l’ennemi public numéro un du patrimoine bâti. Lorsque vous allez à l’extérieur de votre région ou de votre pays et que vous visitez des centres-villes où l’architecture ancienne ou moderne est entretenue, vous êtes ébloui par tant de beauté. Ciel ! Levez les yeux et regardez autour de vous, chez-vous, vous avez plein de belles anciennes qui ne demandent qu’à être restaurées et quand on est beau et étincelant comme ça, les visiteurs affluent. Oui, il existe plusieurs règlements, lois et intentions pour protéger notre patrimoine bâti, mais à ce jour on n’en voit pas souvent les fruits. Aucun bâtiment historique laurentien n’est protégé adéquatement, pas plus qu’un magnifique arbre centenaire dans un centre-ville. Le développement durable d’une région touristique comme la nôtre ne peut se permettre de perdre ce cachet unique que nos aïeux nous ont légué. À nous de le protéger et de le mettre en valeur. De plus, nous sommes à l’ère du recyclage et non du gaspillage. Alors pourquoi ne pas le faire avec notre patrimoine bâti, c’est beaucoup moins coûteux que de démolir et de reconstruire; ainsi l’histoire pourra poursuivre son chemin vers le futur. 1 Actionné par deux scieurs, le godendart servait à couper le bois de gros calibre pour en faire, entre autres, du bois de chauffage. Il était aussi utilisé en construction pour scier les grosses poutres. 2 Avant l’apparition des moulins à carder, la laine était traitée d’une façon artisanale à l’aide de deux cardes manuelles frottées l’une sur l’autre afin de démêler la laine et la former en rouleaux légers avant de la filer, puis la tisser ou la tricoter. Dessins de Louis Pelletier Restaurant del popolo Sainte-Agathe
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