| Mes bouillons de culture |
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| Culture |
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Point de vue sur... Mes bouillons de culture Brigitte Cambon de Lavalette Vous ne m'avez rien demandé, mais on ne sait jamais. À Traces, c'est une question qui se pose. Voilà : si vous me demandiez de parler de la culture, ça me mettrait un peu mal à l'aise. Je me sentirais comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. La cause, c'est que mes parents étaient des agriculteurs. La culture, ça a commencé à être pour moi celle des tomates, carottes, colza, vigne, ce qui se cultivait là-bas... Mais, oublions mes gros sabots, j'ai découvert un jour que la culture, c'était aussi quelque chose d'un peu mystérieux dont les gens parlaient en se rajustant la cravate (les hommes surtout, les femmes, c'était plutôt les boucles d'oreilles), et en vous regardant du haut de leurs connaissances. Pour moi, il en est quand même resté définitivement que c'était un domaine où quelque chose devait pousser, quelque chose de nouveau, qui ne ressemblait jamais complètement à ce qu'on avait vu jusque là, et qui vous apportait émotion et plaisir. En allant un peu plus loin, à travers cette émotion, quand elle est partagée, on sait bien que c'est aussi un lien avec les autres : nous avons la même culture veut dire que nous nous reconnaissons dans notre imaginaire. C'est là où les gens se retrouvent, retrouvent leurs gestes quotidiens, et peuvent les transcender. Comment vivre sans dépasser le quotidien ? Surtout quand il fait mal, et il fait toujours un peu mal... ou beaucoup. Pour survivre dans les camps de concentration nazis durant la seconde guerre mondiale, des prisonniers avaient composé un chant magnifique, le Chant des Marais, repris d'un camp à l'autre dans toutes leurs langues, où ils exprimaient leur douleur et leurs espoirs, leur permettant d'oublier la précarité de leurs existences; il est toujours l'un des chants mythiques des opprimés. Dans un quotidien moins dramatique, l'art me semble être comme un périscope magique qui nous permettrait de voir au-delà de l'horizon et même des nuages. Je ne serais certainement pas en train de vous écrire si, au seuil de l'adolescence, je n'avais eu la chance de découvrir, en écoutant les chansons de Georges Brassens, le plaisir de l'entendre échafauder les mots comme personne, me permettant de découvrir le monde encore inconnu que ces mots évoquaient alors pour moi, et dont je commençais à pressentir l'existence. N'allez pas vous imaginer que pour moi, l'art et la culture se limitent à la chanson, quoique..., on verra plus loin. Par exemple, une autre référence : j'ai encore maintenant presque les larmes aux yeux en repensant à la lumière qui éclairait peu à peu la nuit dans la Cour du Palais des Papes en Avignon en France, sur la scène immense et dénudée du Théâtre de Jean Vilar (1), au son de la musique de Maurice Jarre, où j'allais voir Le Cid, Les Caprices de Marianne.... J'avais 15 ans, j'ai découvert qu'il y avait en moi des choses belles. Alors maintenant, vous allez vous dire que je suis tannante avec la France. Pourquoi est-elle venue au Québec celle-là, si c'est pour parler de la France ? Et bien justement. Il y a sans doute bien des raisons pour lesquelles je suis ici ; j'aimerais bien avoir l'occasion peu à peu de vous les dire toutes, quoiqu'il y en a une qui demanderait plus de place. Voici celle qui est directement liée à ce dont nous sommes en train de parler. Le Québec, je l'ai d'abord connu par ses chansons (je vous avais bien dit...), celles de Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Robert Charlebois et Pauline Julien (oui, vous l'aviez compris, je suis de l'âge des disques vynil). Elles éclataient d'une lumière nouvelle dans la chanson française, tournant en boucle sur l’électrophone. "On ne peut pas quitter ceux qu'on aime, pour aller faire tourner, des ballons sur son nez", et le fameux "Je suis Québec mort ou vivant" qui me faisait frissonner sans en comprendre la raison. Les romans de Michel Tremblay m'en ont appris davantage sur le Québec. Les mots de ceux qui vivent en dessous du niveau de la mer, et qui résistent envers le mépris des possédants. Peu à peu, j'ai commencé à comprendre le sentiment d'abandon et de rejet de ceux qui avaient conquis ces célèbres arpents de neige pour lesquels la mère patrie, superbe, n'eut que mépris. La révolution tranquille a permis d'effacer peu à peu cette douleur. Pourtant, je la sens toujours un peu présente, comme en filigrane dans la société québécoise d'aujourd'hui. Moi, je la trouve émouvante. Car la superbe domination de la mère patrie, c'est quelque chose que je ressens dès l'aéroport quand je repars en France. Mais là-bas, il n'y a pas les québécois pour me sentir moins seule face à elle. Finalement, la culture, pour moi, c'est ce qui nous façonne, nous, nos itinéraires, et nous donne l'intelligence de structurer le monde.
(1) Homme de théâtre français, créateur du festival de théâtre d'Avignon maintenant mondialement connu.
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
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