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Plaidoyer pour l'Art, la Culture et la Beauté PDF Imprimer Envoyer
Culture

Gisèle Bart

Enthousiastes malgré la pluie, nous sommes parties vers le Nord livrer TRACES. Dûment bottées, chapeautées, imperméabilisées, ce 12 octobre, nous nous attendions à un paysage grisâtre et tristounet, dévêtu de sa splendeur.

Il n'en était rien. En cette fin d'automne 2007, exceptionnel de mémoire d'anciens, les ors, les orangers, les bordeaux et les bourgognes flamboyaient, intacts. Seul le rouge écarlate s'était esquivé. Même du fuchsia étincelait encore sur le grège des rochers. A intervalles réguliers, des rangées de pins tranchaient avec une étonnante rectitude ce déploiement quasi orgiaque de Beauté. Comme des brigades de serveurs et de gardes du corps attentifs, droits et fiers, en livrée noire, ils veillent sur la bonne marche de banquets colorés. Une forte émotion nous étreignait car oui, la Beauté est essentielle à l'être humain tout autant que le boire et le manger. En effet, si ces deux derniers concernent le corps, l'habitacle, la Beauté s'adresse à l'esprit et à l'âme, si bellement appelée « soul » par les anglophones. Sinon, pourquoi aurait-on conservé, restauré toutes ces jolies gares, et pourquoi ces sculptures à leurs abords (oeuvre de Pierre Leblanc à Labelle)? Pourquoi un aubergiste se serait-il donné la peine de sculpter de ses propres mains la porte d'entrée en bois de son établissement, pourquoi un boulanger-pâtissier aurait-il décoré avec autant de goût sa boutique, pourquoi un excavateur aurait-il posé un Inukshuk sur son terrain (La Minerve)? Parce que l'homme a besoin de s'entourer de Beauté. Pourquoi prendre autant de soin des boiseries, balustrades et galeries, tant sur les édifices privés que publics (Mont-Laurier), pourquoi réunir des enfants et leur expliquer non seulement la facture mais aussi le sens de tableaux (exposition Lieux de mémoire , Johanne Bouchard, bibliothèque de Mont-Laurier)? Au bout de la rue de La Madone, une sculpture répond à cette question : « La culture dans ses racines est un échange d'idées entre les personnes ». Pourquoi ai-je été attirée plus par ce sculpteur sculpté alors que d'aucuns auraient plutôt choisi l'une des oeuvres tout aussi intéressantes exposées en face, de part et d'autre de la rue? Parce que la notion de Beauté est diversifiée et que, pour citer Mme Annie Depont à la une du TRACES d'octobre dernier, en art comme en gastronomie « on ne choisit pas entre un millésimé et une piquette, mais entre deux millésimes », ce que j'ai fait. En route, l'une d'entre nous s'était écrié: « La voilà donc cette Beauté dont tous ces artistes sont fous! », sous-entendu « pour laquelle ils sont prêts à s'éloigner des villes pour s'enfoncer en régions , dans la froidure ». En régions, dans la froidure, nous nous enfoncions. Et partout, si l'homme n'a besoin de beauté, pourquoi peindre ces belles fresques à même les rochers (Rivière Rouge), pourquoi faire pousser une vigne sur un mur par ailleurs assez banal, pourquoi peinturer (j'aimerais conserver le terme peinturer qui est dans le dictionnaire et qui n'a pas la même signification que peindre et qui en plus n'est pas nécessairement péjoratif, Le Petit Robert, merci) d'un bleu superbe entre nuit et roi une grange au toit de tôle rouillée, pourquoi ce turquoise éclatant sur la porte d'une bâtisse également rouillée, créant des harmonies de teintes ineffables? Et pourquoi un journal culturel est-il accueilli avec autant d'empressement dans un restaurant-auberge (Ferme-Neuve)?

Arrivée à Ste-Anne-du-Lac. Vue époustouflante sur le lac Tapani (ailes d'oiseaux en langue autochtone). Ici, la Beauté est à son comble. En redescendant, nous ferons un dernier arrêt avant que la nuit ne tombe : A Nominingue, on a extirpé des ronces et des ruines les meules abandonnées d'un moulin à farine du XlXè siècle. Artistiquement, on les a installées Pointe T.Potvin. L'artiste, Daniel Poulin, a intitulé son oeuvre Les gardiennes de la mémoire : « Mémoire, tu t'ériges en retenant les traces de ceux qui passent maintenant ». A cela aussi l'art est nécessaire, sauvegarder la mémoire. « L'art enrichit l'expérience humaine » dira Louise Sicuro, instigatrice des Journées de la culture. C'est dans les reflets ors, verts et pourpres d'un magnifique vitrail de Maryse Proteau dans notre bureau à Saint-Sauveur que se termine la narration écrite d'un périple jalonné de multiples beautés et je m'inscris totalement dans l'esprit du décret # 955-96 sur l'intégration de l'art en architecture qui dicte à tout propriétaire d'édifice ou de site public ou gouvernemental au Québec d'allouer au moins 1% de son budget de construction à l'érection d'une oeuvre d'art en ces lieux*, décret controversé s'il en est, décret justifié, rejoignant cette notion que oui, la Beauté est indispensable à l'être humain tout autant que le boire et le manger.

 

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