| Quand le poème écoute. |
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Quand le poème écoute. Gilles Matte  « Avons-nous assez d’âme pour le beau et le vrai ? Pour vivre et survivre ? Pour prendre et surprendre ? Pour joindre et rejoindre ? »  Le drame de l’urbanité, nous connaissons ? Nous avons connu ? Question de classe, mais aussi de mémoire vive. Altérable.  Prise pour acquise comme vouée  à l’efface du sommeil infusé et de la pensée appauvrie dans l’échelle hallucinée du pouvoir d’achat. Mais pour qui?
Pour qui toute cette misère, cette douleur qu’on classe inévitable ? Pas la mienne. Pas la mienne ? Quand je lis Pierre Perrault, je deviens addict à mes mythespersonnels de canots au long cours de rivières et de poète ciseleur de glaces. Je ne sais plus écrire dans l’appauvrissement de mon langage. J’ai perdu le fil de résonance des mots. Et j’avale le livre comme un boulimique de ma propre enfance mise à jour dans ses rouages d’interdits de mémoire.  Car c’est de cela qu’il s’agit. Au-delà du poète immense à la langue favorisée des défavorisés, Perrault est un homme de mémoire, de questions, d’écoute et de respect : tout ce qu’on nous ordonne d’oublier. Qu’est-ce qu’une ville et à quoi sert-elle et à qui? Le poète fouille les ruelles et les rues en tournant et retournant les propos des gens qui l’habitent par raison ou par défaut. Ravaudeur de pays et de mots, de fils de pensées remises dans les ornières d’une histoire devenue étrangère et d’une solitude plus vaste que le refus, avec une écriture parente des larges stances maritimes et venteuses de Saint-John Perse. Chantre lucide de la dépossession de soi. La question aux abattoirs se pose - toujours la même - pour les draveurs du métal, les itinérants de l’emploi ou les égarés de la Main « jonglant avec ciel et enfer ». La question qui tinte juste avant l’aube dans les bouteilles du laitier à savoir l’heure du jour où nous sommes rois de nous-mêmes et de la couleur des mots. Et la mort des bêtes de somme et la fierté de celles qui survivent à tous les métiers les bras ballants dans l’orgueil qu’on leur enseigne. La fierté des bâtisseurs de villes pour qui ? Sur les quais de qui ? Pour le temps de qui avant qu’on ne déhorne la moindre prétention au voyage, au langage, au souci sans honte de la vie - notre seul souci? J’habite une ville est un livre qui avance lentement, dans une langue réapprise et étendue à la force des poignets, à la faveur de mémoires consignées dans les hommes, sans souvenirs et sans archives, comme radeaux de beauté malgré les éradications de quartiers et les interdictions de voir, malgré les apponteurs d’îles et les appellations contrôlées du paysage pour en effacer le sens. Car : « Rien n’est plus inquiétant que la mémoire. Rien n’est plus troublant qu’un lieu qui signifie quelque chose. Rien n’est plus dangereux qu’un quartier. » Et nous, habitant la découpure administrative et désorientée des Laurentides, nom qui désignait autrefois la réalité topographique non morcelée d’une chaîne de montagnes; parlerons-nous de Guindonville ? Dans une société dédiée à l’effacement, on publie encore les poètes, comme s’ils étaient des fleuves sans danger. ______________________________________________________ Toutes les citations : Pierre Perrault, J’habite une ville, l’Hexagone, 2009
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Vos commentaires...
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