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Ressasser les méthodes d’apprentissage, c’est soigner le symptôme et ignorer la maladie.
Repenser l’école ou les méthodes ? François Jobin
Des sciences d’opinion Mon meilleur ami, ex patron dans une université, éprouvait le plus profond mépris pour les sciences de l’éducation qu’il qualifiait de sciences d’opinion. Il en voulait à ces pédagogues sans expérience du terrain qui prétendaient renouveler le système d’éducation pour des raisons parfois douteuses relevant plus de la vanité que de la nécessité. Nouvelles méthodes d’apprentissage de la lecture, nouvelles manières d’additionner ou de soustraire, nouvelle approche en histoire, en géographie, remplacement des savoirs par des compétences transversales, obliques et transcendantes, le mot clé étant bien entendu « nouvelle ». Certains individus toutefois ont réfléchi sur la manière d’apprendre, mais tels certains prophètes, on a choisi de ne pas les entendre. Sans doute parce que leurs constats remettent en question non seulement les méthodes pédagogiques, mais aussi les fondements même du système. Le pédagogue britannique Sir Ken Robinson (googlez ce nom pour plus d’info) compte parmi les critiques les plus sévères de l’enseignement en Occident.
De l’élitisme au chaos C’est aux philosophes des lumières que nous devons l’école d’aujourd’hui. Avant eux, l’enseignement était réservé à la noblesse et à la bourgeoisie qui payaient pour offrir à leurs rejetons les services de maîtres reconnus. Or voici qu’avec la révolution de 89, l’instruction se voit élevée au rang de droit universel. Le nouvel État la rend accessible, obligatoire et, cerise sur le gâteau, gratuite. Cette idée, louable à première vue, s’est pourtant révélée à l’usage génératrice de chaos. En décrétant l’instruction universelle, personne ne s’est véritablement soucié d’examiner la nature et le potentiel de la clientèle élargie. Fondé sur la philosophie de la Grèce classique, le système d’éducation de la noblesse tendait à former des testes bien faictes rompues aux raisonnements hérités d’Aristote et de Platon. En imposant ce paradigme à l’ensemble de la population, on négligeait que les hommes, théoriquement égaux, ne puissent se fondre dans le même moule. Il existe différentes formes d’intelligence (ou de talents ou d’inclinations) qu’un système universel ne distingue pas.
Dehors, les marginaux ! En clair, l’école pour tous favorise la pensée unique, gommant au passage toute tentative d’existence de ce que Robinson appelle « la pensée divergente ». Cette pensée divergente, condition impérative de la créativité, est la capacité d’imaginer plusieurs solutions à un même problème. Selon des études longitudinales effectuées aux USA, 95% des enfants de maternelle possèdent cette caractéristique. Ce pourcentage diminue à mesure qu’ils progressent dans leur parcours scolaire. Les rebelles, les mésadaptés, les réfractaires, les distraits, les rêveurs et autres cancres sont jugés sévèrement. Depuis quelques années, estimant le bonnet d’âne discriminatoire et traumatisant, la psychiatrie a identifié chez ces marginaux un syndrome plus socialement acceptable : le déficit d’attention. Robinson ne dit pas que cette affection n’existe pas; il affirme toutefois qu’il ne s’agit pas d’une épidémie comme le croient plusieurs spécialistes. Les élèves d’aujourd’hui vivent dans une ère d’intense stimulation sensorielle telle que l’humanité n’en a jamais connue. Bombardés d’images et de sons à longueur de journée, voilà qu’on exige d’eux qu’ils se concentrent durant des heures pendant qu’un individu s’efforce de leur inculquer avec un tableau et une craie une flopée de notions arides. Cette simple constatation explique peut-être en grande partie le décrochage universel des garçons. De plus, si un diplôme garantissait il y a quelque quarante ans l’obtention d’un travail bien rémunéré, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Combien de sociologues, d’historiens ou de philosophes gagnent leur vie dans l’hôtellerie, la vente de vitamines ou l’extermination de souris?
Alors que faire ? Repenser les fondements mêmes du système et proposer une multiplicité de choix aux élèves en fonction de leurs capacités plutôt que remailler année après année chacune des matières individuelles. On pourrait aussi réviser nos valeurs qui divisent les élèves en bons capables de lire Proust et cancres tout juste bons pour la mécanique. Peut-être pourrait-on encore s’inspirer des nouveaux véhicules (ordinateurs, Web, téléphones intelligents) pour faire passer la matière. Au lieu de réécrire les manuels scolaires, n’y aurait-il pas lieu de développer des logiciels pour apprendre ? Évidemment, cela suppose de renoncer à certaines notions traditionnelles auxquelles sont attachées les « vieux ». L’idée de culture par exemple est sans doute à redéfinir. De même que celle « d’honnête homme » qui date de la Renaissance et ne s’applique plus guère aujourd’hui qu’à certains érudits de haute volée. Cela va-t-il nous entraîner dans un monde de super spécialistes incapables de voir au-delà de leur discipline ? C’est effectivement un danger. Mais rien n’empêche de proposer à l’intérieur d’un programme spécialisé des éléments éclatés de savoir qui renouvelleraient la « culture générale » à condition que ces options soient présentées de manière vivante, stimulante, et qu’elles ne fassent pas partie d’une évaluation obligatoire mettant en péril la réussite globale. Ressasser les méthodes d’apprentissage, c’est soigner le symptôme et ignorer la maladie. Il faut repenser l’école dans sa manière d’être même. Bien entendu, cela coûtera des sous. Mais sans doute doit-on mettre le prix si on veut tirer de l’école toute la « substantifique moelle ».
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Vos commentaires...
Je suis 100% d'accord. L'ignorance est trop souven... Plus...
Toujours aussi pertinent Plus...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...