Bulletin de Traces Magazine
bkg_main_l
bkg_main_r
Blog de Traces Magazine
SUIVEZ-NOUS
CONNEXION   |   FERMER LA SESSION   |   INSCRIPTION   |   CARTE DU SITE
Sentiers d'interprétations PDF Imprimer Envoyer
Arts et spectacle

Gilles Matte, poète

Sentiers d'interprétations.

D'abord les mots…sans majuscule le mot. C'est à travers les mots, ceux des poètes, que j'ai découvert et aimé ce qu'on appelle aujourd'hui les arts visuels. Eluard, Breton, Prévert, Giguère, m'ont ouvert Picasso, Ernst, Man Ray, Dumouchel, Chirico, Duchamp et tant d'autres. Je ne suis ni un historien ni un critique d'art, je suis un poète qui entre et sort des images à sa guise et par les portes qui lui conviennent. Je ramène des impressions sensibles sans discours historique ou explicatif parce que les mots sont aussi des pièges. « Un discours est toujours vrai, tel est son défaut ; une oeuvre d'art est toujours fausse, telle est sa perfection.»1 Alors j'assume mes détours et j'espère ouvrir dans votre imaginaire des fenêtres respirables et irrationnelles : regarder et voir ; aimer sans explication. Dans une galerie comme ailleurs, c'est toujours soi-même qu'on visite.

Les sens en déplacement 2. Comment ne pas être sensible à un tel titre qui trace en quatre mots le plus beau sentier d'interprétation de l'art contemporain, actuel, moderne ou post moderne. Les deux tableaux présentés par France Guérin dans les locaux de Praxis art actuel s'inscrivent bien dans cette instabilité du réel proposée. Faire fondre les cartes routières jusqu'à retrouver la photographie aérienne liquide la plus faussement parfaite, un travail numérique qui justifie l'outil à sa pleine dignité d'outil. La terre devient une planète liquide, sans centre d'attraction qu'un mouvement perpétuel de l'oeil qui se résout dans le recul. Il n'y a en effet de repos pour l'oeil du cartographe que dans le plus petit détail ou le plus grand éloignement. L'éloge est dans la fuite titre l'artiste. Le plaisir est dans le mouvement, oser lire les tableaux en bougeant : partir du détail écrit ou fondu et s'éloigner à reculons comme une montgolfière qui résume de plus en plus la géographie du lieu à un chamarrage bidimensionnel. Et comme reposoirs esthétiques essentiels, les silences bleus géométriques distribués sur la carte, ici lacs, et là nuages avec leurs ombres, nous gardent en équilibre. De loin la terre tourne moins vite.

Il en est des tableaux comme des vins. Il y a ceux qui disent tout du premier coup et ceux qui nous causent en s'approfondissant d'un verre à l'autre. Traverser les salles du CIEM (Centre de l'image et de l'estampe de Mirabel) et simplement passer en revue les quelques 60 oeuvres qu'on y présente, réalisées au cours des derniers 20 ans de sa vie par l'artiste Montréalais d'adoption Dennis Jones3 (1932-2007), serait une impardonnable erreur de jugement. Ici tout est dans l'apparente simplicité. Alors il faut attendre, vagabonder en ouverture de rencontre. On trouvera quelques oeuvres qui nous séduisent d'attaque et qu'on laissera se développer en bouche. Si on repart en sens inverse de cette première tournée, immanquablement, de nouvelles gravures prendront leur sens dans un discours intime se développant à partir des premières notes qui nous ont ouverts. Nos papilles visuelles s'accoutumeront au plaisir. La complexité s'étirera en toute simplicité. Les arrêts de l'oeil se multiplieront sur un tableau pour en apprécier les modulations de parfums. Les traits rigoureux qui nous ont charmés d'emblée peuvent maintenant gagner en couleur et en imprécision parce que nous avons laissé le temps aux tanins de structurer notre sensibilité. Avant tout et au-delà de tout un plaisir des sens hors de toute historicité et de toute théorie. C'est ce dialogue du plaisir inexpliqué qui importe. C'est ce qui chez moi fait naître l'image désordonnée des mots comme chez un autre il fera sourdre une musique neuve. L'errance obligatoire. L'errance nous ouvre le monde. Une oeuvre est une invitation à la poursuivre. Nous sommes toujours deux dans une oeuvre et l'oeuvre appartient à celui qui la prend. L'ivresse est dans l'abandon à l'ivresse. Alors à la mémoire de Dennis Jones que je découvre aujourd'hui :

l'hiver est un visage

l'été un fauve vert

tous les mouvements se hâtent

vers la brèche du silence

des animaux imprévisibles sont à l'heure exacte

pour coudre la couleur du jour

sur la rétine

nous empilons tout à l'intérieur de nous

on nous offre des ciseaux et des crayons de cire

quelques uns parmi nous

savent les faire fondre


1- Jean Emile Verdier, Le legs de René Payant : avant propos au catalogue de l'exposition Point de vue : René Payant, commissaires : Martin Champagne et Nathalie Dussault

2- Les sens en déplacement, France Guérin, Praxis art actuel, 34 rue Blainville Ouest, Sainte-Thérèse, jusqu'au 16 novembre, 450-433-7873

3- Echos of the Psyche, oeuvres récentes de Dennis Jones, Centre de l'Image et de l'Estampe de Mirabel, 8106 rue Belle-Rivière, Mirabel, jusqu'au 10 nov. 450-258-0979

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Bannière

Vos commentaires...

Traces Magazine
Ce site web est une création de Kinologik & Michèle Potvin | Traces magazine © 2007

Image
Le journal T R A C E S
est récipiendaire du prix Coup de coeur
du concours québécois en entrepreneuriat
de la SADC des Laurentides