| Une triste histoire de livres |
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François Jobin
Brownsburg ? C’est où ça ? Devenu Brownsburg-Chatham lors des fusions, Brownsburg  se trouve à 7 kilomètres au nord-ouest de Lachute, à flanc de coteau puisque les Laurentides y prennent racines. Grâce à une usine de munitions, Brownsburg a connu son âge d’or durant la guerre. Fort de près de 6000 âmes, le village comptait de nombreux commerces le long de sa grande rue dont deux cinémas, une salle de quilles et bien sûr un hôtel « bienvenue aux dames », élément aussi essentiel à la vie d’un village québécois qu’une église et un cimetière. Avec la fin de la guerre l’usine végéta avant d’être vendue et convertie en fabrique d’amorces pour l’industrie minière; un incendie détruisit plusieurs édifices de la rue Principale et en dépit de leur reconstruction, le village ne retrouva pas son lustre d’autrefois. Au même moment,  sa voisine Lachute, voyait disparaître les usines Ayers de textiles et de souliers qui faisaient vivre la région, la réduisant à l’état de zone sinistrée qui, depuis, s’efforce de garder les narines hors de l’eau.  Il y a quelques années, une équipe se fit élire avec un plan de revitalisation : on allait renipper le village, lui redonner sa dignité, détruire les édifices lépreux, en construire de nouveaux et attirer une population jeune. La culture faisait partie du plan : au cours de son mandat, l’administration engagea des sommes dans la restauration d’édifices patrimoniaux et donna le feu vert à une société culturelle chargée de promouvoir les talents locaux. Elle participa également à l’élaboration d’une politique culturelle dans la MRC d’Argenteuil. À cette époque, Brownsburg-Chatham possédait une bibliothèque qui occupe encore aujourd’hui un espace inadéquat dans un aréna vétuste. L’administration décida de la relocaliser et de l’agrandir. On envisagea de construire un édifice mais pour des raisons économiques et d’intégration au plan directeur, on abandonna cette hypothèse.  On écuma plutôt  le territoire à la recherche d’un nouveau site. On finit par s’entendre sur un immeuble qu’on voulait d’abord démolir : la maison Rousselle. On se dit qu’on faisait d’une pierre, trois coups : relocaliser la bibliothèque, conserver au centre-ville un des rares édifices témoin des belles années du village, et bénéficier d’une subvention pour le faire. Une firme d’architectes accoucha de plans. Évidemment, ce n’était pas donné, mais l’administration considérait cette dépense comme un investissement humainement rentable. Une bibliothèque visible au centre-ville envoyait aux visiteurs un message : Brownsburg-Chatham souhaite accueillir votre jeune famille, la vie culturelle y occupe une place de choix et nous disposons sur place d’équipements pour vous et vos enfants. On soumit le projet à la vox populi. Peu de citoyens se manifestèrent mais, ceux qui le firent approuvèrent. Les travaux devaient commencer en janvier 2010. L’automne dernier, dans les chaumières de la population vieillissante, un mouvement d’opposition apparut qui commença à discréditer l’administration, ses « idées de grandeur » et « son gaspillage éhonté ». Fort de techniques qui ont hélas fait leur preuve dans le passé, on eut recours à la peur : le compte de taxes allait grimper, la ville ferait banqueroute, on parla même de tutelle. L’unique programme des opposants: nous n’allons pas gaspiller l’argent de vos taxes. Le jour des élections, cette opposition se concrétisa : les mécontents votèrent  en masse pour bouter dehors une administration jugée dépensière et incompétente. Quelques semaines plus tard, on annonçait des coupures. Le projet de bibliothèque prit le chemin de la tablette. La nouvelle administration affirme ne pas être opposée au principe d’une bibliothèque, mais le maire est catégorique : pas dans la maison Rousselle.  Première raison : l’édifice ne supportera pas le poids des livres, motif farfelu pour quiconque s’est penché sur les devis du projet. Deuxième raison : l’absence de stationnement à proximité, (la cour de la maison Roussel, si on l’ampute d’une rallonge récente, peut accommoder plusieurs voitures en plus du parking municipal à moins de cinquante mètres). Troisième raison : la sécurité. L’immeuble se situe à l’intersection des rues Principale et des Érables, un carrefour achalandé mais muni de d’arrêts aux quatre coins. De mémoire de brownsbourgeois, il n’y a jamais eu d’accident impliquant un piéton à ce carrefour. Et puis, on a d’autres priorités; égouts, asphaltage…etc. Quand on lui signale que la culture est une richesse qui compte autant que l’asphalte et les tuyaux, le maire opine mais il ajoute du même souffle qu’il a reçu dernièrement deux courriels bourrés de fautes d’orthographe « alors la culture, ici, vous savez… ». Autrement dit,  la population s’en tamponne de la culture.  La culture, c’est pour les jardins. Dire que certains croyaient disparue cette mentalité qui tient la culture pour un luxe dont on peut faire l’économie. Il y a cinquante ans, cela s’expliquait : notre société agricole et ouvrière, peu scolarisée, pensait surtout à  sa survie. Aujourd’hui,  a-t-on d’autre excuse que l’incurie pour tenir ce genre de discours primaire? D’autant que les Laurentides affichent à présent la plus importante croissance démographique de la province due à l’étalement urbain. Les nouveaux arrivants s’attendent à trouver dans leur village d’adoption les mêmes services que dans la ville qu’ils ont laissée derrière eux, notamment, des équipements culturels. À Brownsburg-Chatham, l’administration entend maintenir la bibliothèque là où elle est pour un an,  deux ans au plus. Elle aurait toutefois manifesté  le désir d’en réduire  les heures d’ouverture et d’abolir un des trois postes de bibliothécaires  pour respecter sa promesse électorale de « ne pas gaspiller vos taxes ». Elle tâche aussi de convaincre une école de hockey privée de s’installer dans le village et de partager les coûts d’une bibliothèque qui servirait à la fois aux élèves et au public. Quel intérêt une telle institution trouverait-elle à entretenir dans son building un service public dont les heures d’ouverture et le personnel ne correspondent pas aux siens ? Allez savoir. Les citoyens ont donc pris les choses en mains. Une coalition (Nous méritons mieux) s’est formée avec le but de sensibiliser la population à l’urgence d’une bibliothèque fonctionnelle. Urgence; parce que  les jeunes ne peuvent plus se passer de ce qu’offre une bibliothèque : des livres, évidemment, mais aussi un accès à Internet, des conférences, de la musique, des heures du conte pour les petits, des rencontres avec des écrivains, des bédéistes, et aussi, un endroit calme pour y travailler, avec souvent la possibilité d’obtenir un coup de main bienveillant d’une bibliothécaire attentive.
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Vos commentaires...
Certains de ces blasés du béton se comportent tels... Plus...
Je connais l'artiste des lumières,elle s'attache a... Plus...
Très amusant, pour enfants dès 4 ans Plus...