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Chronique littéraire

Jacqueline April, Carte Blanche Montréal, 2001

Jeanne Maranda

Couverture-Jacqueline-AprilLes récits de voyage ont de tout temps réservé une large place aux explorateurs du Grand Nord canadien . Ces hommes et ces femmes amoureux des grands espaces, avides d'expériences nouvelles sont revenus avec des histoires qui ne cessent de nous émerveiller et nous incitent à y aller voir, nous aussi.

Jacqueline April est de celles-là!

Cette Québécoise inspirée par le discours d'un ami de ses parents a résolu très tôt d'y aller voir. Jeune enseignante, elle a accepté en 1968 un poste au Port à la Baleine, elle se paie une croisière vers l'Alaska, un saut au Cap Dorset, une visite-reportage au grand ouvrage d'Hydro-Québec, la LG2 en 1977 et pour finir, trois semaines sur un brise-glace au 80e parallèle vers les îles de l'archipel de l'Arctique. Qui dit mieux?

Son livre, « Vives lueurs septentrionales » regorge de visions de paysages désolés, d'immensités glacées, de froid intense, mais aussi de la chaleur des riches moments passés au milieu des peuplades autochtones qui vivent toujours dans ces régions boréales. On visite avec elle, les chantiers où vivent les nombreux travailleurs venus du Sud qui pompent le pétrole, bâtissent les barrages, sans oublier les enseignantes, les religieux, tous ceux et celles qui acceptent de vivre sous toutes les froidures, les nuits éternelles, la neige éblouissante et surtout vivre la solitude. Son livre est illustré de photos prises au cours de ses incursions et n'exagèrent en rien la beauté et la rigueur du grand Nord canadien.

Elle a partagé la vie des Inuits, des Cris, elle a vécu dans leur igloo, leurs tentes, elle a mangé le poisson et les oiseaux crus ! Elle visite les artistes du Cap Dorset qui sculptent dans la stéatite, elle a applaudi les prouesses des gymnastes de Schefferville lors des 4e Jeux olympiques de l'Arctique en 1974. Elle s'est imprégnée de l'ambiance qui règne sur les chantiers de la LG2 et on la suit lors de sa visite des installations du bateau-forage installé au large de Terre-Neuve.

Et toutes les informations glanées auprès des géologues, des ingénieurs et des capitaines de vaisseaux, des scientifiques qu’elle côtoie, nous sont livrées en termes clairs et précis. Ne l'oublions pas, elle agit comme journaliste-reporter au service du ministère des Affaires indiennes du gouvernement Canadien

Mais, à mon avis, c'est au 80e parallèle que se passe le plus excitant de ses voyages. Imaginez un brise-glace cerné par les glaces, avec à bord son équipage, deux cinéastes français venus en reportage et elle-même, qui attendent un pétrolier qui doit les suivre pour se frayer un chemin à travers les îles de l'Arctique vers la Russie. La vie à bord est relativement confortable, mais les journées sont longues, madame April sait les remplir des mille détails de la vie à bord. Elle a la chance, par une belle journée ensoleillée, de visiter  la petite ville minière Nanisai, dans la partie supérieure de l'ïle d'Ellesmere par 80o latitude nord, à environ 500 milles du Pôle nord, où une agglomération Inuk traditionnelle exploite le plomb-zinc. Des scientifiques y auscultent le ciel. Invitée à une chasse au nerval, ce gros mammifère marin qui arbore une corne torsadée, notre aventurière est déçue ne pas en avoir rencontré un!

Couverture-Jacqueline-April2Je me permets de la citer ici : « Ce voyage aux confins des terres habitées, où les oiseaux et les fleurs vivent dans les arbres ; où le roc du rivage toujours nu en ses formes multiples, n'offre aucun repère et annule toute notion de distance, croisière dans les eaux figées par les glaces, sur les cristaux desquels le soleil et la lune brillent simultanément, saison du jour sans fin, de l'été sans transition , où les rythmes familiers de la nature perdent leur sens et la notion du temps s'abolit; paysages où la mer n'est plus la mer et devient banquise où la blancheur des glaciers se fond avec celle des nuages; lieux privilégiés où la solitude est si totale qu’elle emplit l'espace et devient une présence éloquente »,

Jacqueline April a le sens de l'histoire. Elle a publié son livre en 2001 et a ajouté à la fin de chaque chapitre une mise à jour des faits et gestes qu'elle a gardés en mémoire pendant 30 ans. Nous lui en sommes reconnaissants!

Elle est aussi réaliste. Ces récits nordiques qui débordent de beauté, de lumière, prennent tout à coup un sombre lustre. Elle joint sa voix aux géologues, aux climatologues, aux glaciologues pour déclarer « alerte rouge au Nord ». Devant la glace qui fond sous la chaleur devenue trop présente, devant les autochtones désemparés qui ne chassent plus le gros gibier plus rare, devant les animaux et les oiseaux migrateurs ne viennent plus se reproduire, elle nous laisse avec cette vision apocalyptique d'une « terre privée de ces puissants miroirs du soleil, que sont la glace et la neige ». Elle pose la question: «  rendra-t-elle encore longtemps, avec le même éclat éblouissant, les feux qui brillent au Septentrion? »

 
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Jean-Sébastien Lajeunesse
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